Cinema
A l’Étrange Festival, un « Baby Bump » délirant qui recèle de l’abscons et des pépites

A l’Étrange Festival, un « Baby Bump » délirant qui recèle de l’abscons et des pépites

15 septembre 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

Même si sa mise en scène, très travaillée, avale parfois ses personnages, ce film polonais donne à voir quelques jolies trouvailles, personnelles, et de magnifiques acteurs, embarqués dans le récit haché d’un passage à l’adolescence.

[rating=3]

Baby BumpAprès Dark Circus, balade très réussie découverte à l’Étrange Festival, Baby Bump, du polonais Kuba Czekaj, propose un nouveau parcours initiatique, dans la section « Nouveaux talents » : celui d’un gamin de onze ans, Mickey, près de devenir adolescent. Il vit dans un monde où les êtres font penser à des personnages de dessin animé. A moins qu’il ne s’agisse que de sa perception à lui… Pas vraiment souriant, pas vraiment bavard, il a aussi au fond de lui – au sens propre – un petit lapin dessiné, à la langue bien pendue, qu’on va beaucoup entendre en voix-off.

Le film raconte une histoire, plutôt bien déroulée : les camarades de classe présents au début disparaissent au bout d’un moment, et on ne quitte quasiment plus la maison de Mickey, où un face-à-face se tient entre lui et sa mère. Le corps, et tout ce qu’il secrète, sont très présents dans Baby Bump : pisse, vomi… Mais ces éléments ont parfois du mal à fonctionner ensemble, et à faire sens, tant le montage, nerveux, tend à les isoler les uns des autres, à en faire le centre de scènes un peu absurdes, mais un peu vaines aussi. Du même coup, l’univers visuel créé par le réalisateur, très fort, n’atteint pas vraiment non plus à une vraie folie anti-cartoonesque : un effet d’empilement se fait sentir, plutôt, les scènes sont courtes, sans doute trop… On voit l’artiste à l’oeuvre, il ne s’efface pas assez. Enfin, le film nous a été présenté sans sous-titres français, en langue originale – la plupart des dialogues étant en anglais – et les parties parlées du lapin y ont néanmoins une grande importance. Difficile, souvent, donc, d’apprécier le décalage entre les actes de Mickey et les phrases envoyées par son démon gardien, plutôt attachant au passage.

En un tel cas, on se concentre alors plutôt sur les performances des deux acteurs principaux, le tout jeune Kacper Olszewski, et sa mère, jouée par la très juste Agnieszka Podsiadlik. Et pour quelques passages déjà-vus – les scènes de dialogue par Internet, le personnage du surveillant qui s’installe chez le héros, ou la figure de la mère, pas toujours subtile – d’autres moments produisent un vrai trouble, ou une vraie émotion : on pense à la scène burlesque très réussie entre cette mère et son garçon, où celui-ci a tout à coup une érection, ou à l’oeuf, graphique et troublant, qui intervient vers la fin du film, ou encore à la confrontation avec le lapin animé. En bref, voilà un film bizarre, et certainement pas dénué de qualités.

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Visuel : © Etrange Festival / Kuba Czekaj

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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