Cinema

À l’Étrange Festival 2018, les monstres touchants de « The Dark » font bon accueil au public

À l’Étrange Festival 2018, les monstres touchants de « The Dark » font bon accueil au public

07 septembre 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Du 5 au 16 septembre, l’Étrange Festival pose ses valises à Paris, au Forum des Images, pour sa vingt-quatrième édition. Sa Compétition Internationale recèle des films annoncés comme des pépites, très originaux, délirants et parfois dérangeants. Parmi eux, The Dark, une émouvante histoire d’adolescents brisés au cœur d’une forêt fantastique.

Année après année, l’Étrange Festival s’affirme comme un continent à préserver : il permet de découvrir des films jusqu’aux-boutistes, guère promis, pour certains, à une sortie dans les salles françaises. Si des œuvres telles que Il est difficile d’être un dieu (présenté lors de l’édition 2014 ; critique ici), Where horses go to die (projeté en 2016 ; critique ici) ou Les Garçons sauvages (montré en 2017 ; critique ici) ont pu trouver le chemin du grand écran, les fascinants I am here (découvert en 2015 ; critique ici) et Kuso (édition 2017 ; critique ici) n’ont pas été distribués en France. En 2018, l’Étrange Festival a lieu du 5 au 16 septembre, et propose, pour sa vingt-quatrième édition, cent trente projections et des événements exceptionnels.

Les films sont à découvrir au cœur du cadre attachant du Forum des Images, qui fête cette année ses trente ans (avec, à titre de commémoration, un programme de trente films nommé « 30 ans sinon rien !« , destiné à réinviter dans les murs trente réalisateurs ayant compté, pour le Forum). C’est dans ses murs que la Compétition Internationale du Festival s’ouvre au public : composée de vingt-deux longs-métrages, elle compte deux récompenses, le Grand Prix Nouveau Genre (en partenariat avec Canal+Cinéma) et le Prix du Public. Ouverte le mercredi 5 septembre avec la comédie musicale d’horreur Anna & The Apocalypse, elle donne à voir cette année des films ayant d’ores et déjà fait parler d’eux, comme Mandy (critique ici), The House That Jack Built (critique ici), The Spy Gone North (critique ici) ou Utoya, 22 juillet (critique ici).

Au sein de cette section Compétition, le long-métrage The Dark fait figure de découverte bien agréable et dépaysante, et de film caractéristique des programmations de l’Étrange Festival. Signé par le réalisateur basé à Los Angeles Justin P. Lange, et par l’autrichien Klemens Hufnagl, il constitue un récit fantastique très mélancolique, avec des saillies gores et de l’émotion. Et surtout, des monstres attachants à présenter au public. Le film donne à suivre Mina et Alex, adolescents aux stigmates physiques impressionnantes, rendus extrêmement humains, du fait d’une mise en scène intelligente et sans complaisance. Ces deux marginaux se rencontrent dans une forêt perdue, en un lieu nommé « l’Antre du diable ». Abusée par des adultes, et défigurée, Mina est devenue un monstre agressif et cannibale, qui occupe une maison isolée et délabrée. Trompé lui aussi par le monde des adultes, Alex se méfie d’eux comme la peste, et a fini par basculer dans un état bien éloigné de la réalité.

The Dark se glisse au cœur de la perception de ces deux personnages principaux, qui se sentent tout le temps menacés par le monde extérieur. Occasion parfaite pour proposer quelques scènes gores pas gratuites… De surcroît, ce caractère ne rend que plus touchants ces étonnants antihéros : la mise en scène s’attache surtout à leur relation, à leurs conversations, à la façon dont ils s’apprivoisent et dévoilent, en mots, leur passé. En prenant son temps, elle épouse leur rythme de parole, en particulier celui d’Alex, ébranlé et hésitant. Ainsi, dans ce film fantastique très mélancolique, ce ne sont pas les séquences destinées à faire sursauter qui se taillent la part principale, ni même les flash-backs (réalisés avec talent, et pas envahissants). Le film sait faire confiance aux personnalités des deux « monstres » qu’il donne à voir, pour perdre son spectateur dans un labyrinthe sombre, fait d’humanité et de rejet du monde. Un univers en mouvement, soutenu par des enjeux et des buts forts.

Si la maîtrise technique de The Dark convainc largement, on peut aussi saluer ses deux interprètes principaux, les magnifiques Nadia Alexander, vue dans The Sinner ou Seven Seconds (à la fois sans pitié et émouvante, et dotée d’un extraordinaire maquillage) et Toby Nichols, acteur dans Marvel’s Iron Fist ou Dalton Trumbo (ici sublimement juste en Alex fragile et dangereux, recherché par la police et les habitants des environs des bois). Si la facture du film reste un peu modeste, il n’en évoque pas moins des sujets touchants, en créant dans le même temps un univers auquel on croit, avec peu d’effets.

Jusqu’au 16 septembre, la vingt-quatrième édition de l’Étrange Festival propose, outre les films de sa Compétition Internationale, des rétrospectives autour des réalisateurs Adilkhan Yerzhanov (signataire de La Tendre Indifférence du monde) et Shahram Mokri, une anthologie des films indépendants japonais des « années punk » (avec des œuvres de Sono Sion, Shin’ya Tsukamoto, Sogo Ishii…) et des films de la Nikkatsu (avec, notamment, la saga Stray Cat Rock), des Cartes blanches à Jackie Berroyer et à l’artiste graphique Pakito Bolino, ainsi que d’autres films surprenants, au sein des sections Nouveaux talents et Mondovision.

Présenté dans la Compétition Internationale, The Dark est projeté à nouveau le mardi 11 septembre à 16h15.

The Dark, un drame fantastique de Justin P. Lange et Klemens Hufnagl. Avec Nadia Alexander et Toby Nichols. Durée : 1h26. Interdit aux moins de 12 ans.

Visuels : © Dor Film Produktiongesellschaft GmbH

Infos pratiques

Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
Fall Of Summer
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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