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« Viendra le feu d’Oliver Laxe » : Portrait d’une forêt en feu

« Viendra le feu d’Oliver Laxe » : Portrait d’une forêt en feu

06 septembre 2019 | PAR La Rédaction

Distingué par le prix du jury Un certain regard lors du festival de Cannes 2019, Viendra le feu est un film bouleversant sur la douleur et la beauté des incendies. Oliver Laxe nous emporte avec émotion en Galice sur les terres de son enfance à la rencontre d’un ex-pyromane, de sa mère et de la forêt.

Par Xavier Prieur 

De l’obscurité surgissent des craquements sourds. De longues formes sombres s’affaissent et s’entassent les unes sur les autres. Des êtres surpuissants ou gigantesques sont-ils en train de fouler le sol d’un océan, celui d’une planète lointaine ? Un monstre qui ressemblerait à Prédator s’enfuit-il devant nos yeux en écrasant tout sur son passage ? La scène est angoissante, presque surnaturelle.

Une puissante étrangeté se dégage des premières minutes du film Viendra le feu. Elle trompe notre esprit, déplace les objets filmés. Nous tentons de leur donner un aspect connu, d’analyser ce que nous voyons. Le bulldozer arrive. Nous comprenons que nous sommes dans une forêt. Les longues formes sont de simples arbres. De simples arbres à abattre. Des arbres déjà condamnés. De la simple nourriture à usine et à cheminée. Du bois pour le reste du monde.

“S’ils font souffrir, c’est parce qu’ils souffrent”

Nous savons dès la scène d’ouverture que nous partons pour un voyage unique tellement la réalisation d’Oliver Laxe est réussie. La souffrance des arbres coupés, élagués, tronçonnés, nous glace le sang. Nous tremblons devant le terrifiant face à face entre l’immense machine de fer et un arbre centenaire venu lui barrer le chemin. “La nature reprendra ses droits” nous susurre le réalisateur. L’incendie sera plus beau que l’oeuvre de l’homme.

Viendra le feu raconte l’histoire d’Amador, un pyromane libéré après deux ans de prison. Il revient vivre chez sa mère Benedicta dans les montagnes galiciennes. Ils ne se parlent pas beaucoup. Ils ne parlent pas beaucoup. Le décor est merveilleux mais la vie est dure. Les animaux se blessent, les sources se bouchent, l’hiver est glacial, les eucalyptus étouffent les petits arbres. “S’ils font souffrir, c’est parce qu’ils souffrent” explique Benedicta à propos des eucalyptus. Cette phrase nous traverse l’esprit lorsque Amador se fait tabasser par ses voisins.

La pellicule est brûlante

Le film entier est à la hauteur de son stupéfiant commencement. Oliver Laxe va continuellement prendre à revers nos attentes et nos certitudes pour créer un récit passionnant et des images fascinantes. Des gestes tendres viendront entre une mère et son fils éloignés par la peine et la pudeur. Une très progressiste envie de décroissance viendra nous envahir et balayer la fausse nostalgie d’une Galice éternelle. Le feu viendra alors que la pluie semble omniprésente. Parce que le titre ne nous ment pas, l’incendie arrive. La nature s’embrase et les minuscules pompiers, maladroitement aidés par les villageois, luttent contre ce monstre magnifique. D’un colibri les larmes nous viennent. Pour essayer d’éteindre les immenses flammes, pour évacuer la peur ou parce que l’on se souvient des cendres que l’on a vues pleuvoir. L’incendie est filmé avec sensualité. Les bruits sont étouffés. Les corps s’agitent, les humains sont hagards, la chaleur envahit l’écran, les flammes lèchent les arbres et les bâtiments. La pellicule est brûlante. Le feu et la destruction sont captés avec la même douceur que les paysages embrumés. Nous sommes dévastés et fascinés lorsque le gris remplace le jaune et l’orange.

Plus que la destruction, le réalisateur filme la résistance. Aux flammes bien sûr, mais aussi à l’urbanisation, au tourisme de masse et à la vie effrénée. La lenteur de Viendra le feu nous energise, nous emporte dans un écrin doux et dangereux, drôle et émouvant. La maîtrise parfaite de la mise en scène et la sublimation de la forêt nous rappelle les films de Naomi Kawase, de Kelly Reichardt et de Debra Granik. Après le brillant Mimosas, la voie de l’Atlas, Oliver Laxe confirme indéniablement un très grand talent grâce à ce film tourné sans effet spéciaux et avec des amateurs.

Viendra le feu d’Oliver Laxe avec Amador Arias, Benedicta Sánchez, Pyramide Distribution, 1h25, sorti le 4 septembre 2019

Visuel : ©Copyright Pyramide Distribution

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