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[Interview] Vérane Frédiani : « La question du genre est la même partout et donc dans toutes les cuisines »

[Interview] Vérane Frédiani : « La question du genre est la même partout et donc dans toutes les cuisines »

04 juillet 2017 | PAR Yaël Hirsch

Le premier long-métrage de Vérane Frédiani porte sur un sujet passionnant : les femmes chefs. Il passe sur grand écran et interroge la place et la réputation des femmes en cuisine dans les grands restaurants autant que dans les tables plus simple, hier, aujourdhui et demain. Voici des propos savoureux sur la gastronomie et le genre.

Pour lire notre chronique du film, c’est ici.

Comment mesurer le nombre de femmes chefs par rapport aux hommes?
Pour mesurer la présence des femmes cuisinières dans les restaurants, il faut pousser la porte des cuisines des restaurants dans lesquels vous allez, notamment les petits restaurants, les restaurants qui proposent des cuisines étrangères, asiatiques par exemple mais aussi grecque, tunisienne, marocaine…Il n’y a pas de chiffres qui reflètent la réalité. Même le guide Michelin ne peut donner un chiffre. Par contre, on sait que sur la planète 80% des agriculteurs sont des agricultrices…Le monde de la gastronomie est vaste et bien mixte.

Comment avez-vous décidé de donner un angle international au film?
Je pense réellement que le concept des frontières est dépassé. Aujourd’hui, nous respirons tous le même air pollué, nos mangeons des produits qui poussent aux 4 coins de la planète, partout certains et certaines luttent pour plus de justice et d’égalité, mon documentaire sur les femmes dans le monde de la gastronomie se devait donc naturellement de traiter le sujet dans son ensemble et je me devais de partir dans plusieurs pays poser ma caméra et mes questions. Au final, j’ai trouvé beaucoup de ressemblances dans les parcours de celles que j’ai rencontrées. CQFD.
Bien entendu, il y a eu un moment où j’ai dû commencer à faire des choix. Je ne suis donc pas allée au Japon mais plutôt en Chine. Si j’avais pu faire un film de 5 heures ou une série, je serais allée au Japon également, pays où les femmes n’ont pas le droit entre autres d’être des Maîtres sushis.

L’idée de hiérarchie entre grande cuisine et restauration de tous les jours est-elle une idée masculine?
L’idée de hiérarchie est tout simplement humaine voire même animale. On se compare sans arrêt aux autres. Les hommes et les femmes le font. Mais le fait que la haute gastronomie méprise la cuisine de tous les jours est un phénomène qui heureusement aujourd’hui tend à disparaître parce que certains hommes cuisinent aujourd’hui chez eux pour leur famille de façon quotidienne et parce que des femmes cuisinent aujourd’hui dans des grands restaurants et en font leur carrière. Quand un certain type de cuisine n’est plus l’apanage d’un seul des deux sexes, la hierarchie s’estompe et le respect du quotidien versus l’exceptionnel revient. Comme c’est bizarre…

Quelle a été la rencontre la plus forte sur le tournage?
La rencontre la plus émouvante et donc la plus marquante fut pour moi celle d’Anne Sophie PIC. J’attache énormément d’importance aux émotions. Elle aussi. Et je crois vraiment que les relations entre les êtres humaines sont de l’ordre la chimie. La cuisine est aussi est une question de chimie, de réactions et d’interactions.

La question du genre se pose-t-elle pareil dans des cuisine chinoises, américaine, françaises ou d’amérique latine?
La question du genre est la même partout et donc dans toutes les cuisines, dans tous les pays. Mon documentaire, je pense, le montre.

Des quotas sont-ils la solution pour établir une certaine équité de représentation dans les concours culinaires et dans les médias ?
Les quotas pour moi sont une aide temporaire qui peuvent effectivement faire avancer les choses et déverrouiller les blocages rapidement. Je pense qu’ils seraient utiles dans de nombreux domaines, y compris dans le cinéma et donc dans certains festivals de cinémas prestigieux qui ont beaucoup plus de pouvoir qu’ils ne le croient sur l’évolution des comportements des investisseurs. Pour parler concrètement, n’oublions pas que l’argent reste le nerf de la guerre et les investisseurs en gastronomie comme ailleurs investissent sur des têtes visibles, visibles dans les festivals, les concours et les médias.

Crédit Photo : La Ferme Productions.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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