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[Critique] « Un vent de liberté » : un portrait d’une femme en quête de liberté

[Critique] « Un vent de liberté » : un portrait d’une femme en quête de liberté

17 juillet 2017 | PAR Donia Ismail

À l’affiche d’Un Certain Regard du Festival de Cannes 2016, le troisième long métrage du cinéaste iranien Behnam Behzadi sort officiellement au cinéma ce mercredi. Un film qui dessine le portrait d’une femme qui tient, pour la première fois de sa vie, tête à l’archaïsme institutionnel iranien.

 Un vent de Liberté s’ancre dans un Téhéran pollué, où Niloofar, une jeune femme autour de la trentaine, suffoque. Elle ne s’est jamais plainte, n’a jamais haussé le ton alors que sa vie entière a été dicté par son entourage. Alors qu’un nouvel épisode désastreux de pollution sévit sur l’agglomération iranienne, accentué par un phénomène d’inversion de température, la mère de la jeune femme, Mahin, touchée par des problèmes pulmonaires, se voit recevoir une prescription médicale. Elle ne peut plus rester dans cette ville sous peine de mourir. C’est décidé, elle ira vivre dans le Nord de l’Iran, beaucoup moins pollué. Mais qui l’accompagnera? Hors de questions qu’elle s’y rende toute seule, et on le comprend bien. C’es bel et bien cet événement qui marquera un tournant dans la vie de Niloofar. Sa soeur aînée, Homa, et son frère, Farhad, décident, sans avertir la principale intéressée, que ça sera Niloofar qui quittera tout. N’ayant pas d’enfants ni de mari, elle est a seule qui puisse tout plaquer. Elle n’a pas de vie selon sa fratrie. Pourtant c’est elle qui a repris l’entreprise familiale après le décès de leur père. Alors qu’avant, la protagoniste semblait tout accepter sans rechigner, sa docilité légendaire semble ne plus être de mise.

inversion-photo-1Si « Téhéran l’enfumé » prend une place de choix dans le film – les séquences où l’air y est irrespirable sont pléthoriques au point où on a l’impression de suffoquer littéralement – le dérèglement climatique a une portée qui dépasse le seuil de l’écologie, et entre en collusion avec la sphère politique. Tout en dévoilant à la vue du monde la présence extrême de la pollution dans la capitale iranienne, Un vent de liberté met en valeur le déchirement entre modernité et archaïsme que subit ce pays. Le cinéaste dépeint alors le portrait d’une femme discrète qui refuse, après tant d’années de compréhension, le statut que lui impose la société dans laquelle elle évolue mais aussi les exigences de sa fratrie: « Je ne suis pas un pion que l’on peut déplacer » martèle-t-elle.

Le troisième long métrage de Behnam Behzadi traite d’un sujet alors considéré comme basique dans les films du Moyen-Orient. Bon nombre de réalisateurs, se sont lancés à leur risques et périls, parfois en caricaturant un peu trop, dans ce sillon cinématographique.
Mais ce qui fait la différence ici c’est la manière dont il le traite, car tout est subtil chez Behzadi. Il expose ainsi un fait commun sans tomber dans la faciliter de la caricature. Sa retranscription de ce conflit familial se joue dans la subtilité. De son titre original Varoonegi,  Inversion en perse, navigue entre différentes formes d’inversion. Certaines sont plus évidentes que d’autres: l’inversion de température à l’origine du mal être de Mahin et Niloofar, ou l’inversion de rapport de force entre Homa et Farhad. D’autres sont plus difficiles à déceler dont une qui pourrait expliquer pourquoi Farhad semble s’acharner sur sa petite soeur. Car s’il est bien l’unique homme de la maison à présent, il ne semble pas jouer le rôle que la société iranienne, et à plus grande échelle orientale, lui offre normalement. Étant l’homme de la famille, il aurait dû reprendre l’entreprise de couture de son inversion-photo-4père à sa mort. Mais il a préféré chercher de l’argent ailleurs, en magouillant. C’est son rôle au sein de la société iranienne qu’il perd symboliquement. Parallèlement à cela, il vit entretenu par sa soeur aînée, qui le tire de tous les problèmes auxquels il fait face. Lorsque la situation se présente alors face à Niloofar, il la saisit pour reprendre son rôle de mâle testostéroné.

Sahar DOWLATSHAHI, (Niloofar) subjugue par la justesse de son interprétation. On se sent pris à partie. On éprouve de la tristesse, de la compassion pour cette jeune femme douce. Si sa situation nous exaspère, on a parfois l’impression que ce n’est pas le fait de quitter Téhéran qui la dérange pour partir avec sa mère – elle aurait pu elle même se dévouer-, mais c’est bel et bien le fait qu’on lui force la main qui la fait sortir de ses gongs. Elle cherche une seule chose que tous lui refusent: la discussion. Un seul personnage l’épaule tout au long du film, c’est sa nièce Saba. Elle est le spectateur au coeur du long métrage, soutien unique de Niloofar. Par peur de finir comme elle? Finir prisonnière de son entourage?

Si la fin saura susciter les vives réactions du public – tout cela pour ça?-, Behnam Behzadi a su retranscrire à l’écran avec beaucoup de finesse une situation si commune au Moyen-Orient.

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Donia Ismail

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