A l'affiche

Un coup de maître : le monde de l’art moqué dans une comédie rusée

Un coup de maître : le monde de l’art moqué dans une comédie rusée

01 février 2019 | PAR La Rédaction

Présentée hors-compétition à la mostra de Venise 2018, cette comédie hispano-argentine met à l’épreuve l’amitié entre un galeriste et un peintre sur le retour, avec en toile de fond, une critique du monde de l’art contemporain.
Par Sabrina Cicchini

Arturo Silva tient une galerie d’art moderne à Buenos Aires. Businessman dans l’âme, il représente pourtant le peintre aigri Renzo Nervi, qui est aussi son ami. Autrefois acclamé, l’artiste peine désormais à vendre ses toiles. Un jour, Renzo est victime d’un accident et perd la mémoire. Arturo a alors une idée qui pourrait les faire renouer avec le succès …

Une critique aigre-douce du monde de l’art
Une voix off nous invite à regarder attentivement une toile de Renzo Nervi. Une minute où s’enchaînent plans larges et serrés sur la Quebrada de Humahuacua, le canyon de la province de Jujuy, au nord-ouest de l’Argentine. Cette oeuvre, les collectionneurs la boudent. Le peintre ne séduit plus. Que s’est-il passé ? Même Arturo, son galeriste, peine à l’expliquer. Certes, son poulain pourrait être moins revêche, moins cynique. Mais le problème est là : Nervi est démodé. Sa seule occasion de vendre une toile est désormais de travailler sur la commande d’une grande entreprise qui veut décorer le hall de son siège. Arturo dessine lui-même une esquisse de l’oeuvre. Renzo n’a plus qu’à laisser glisser son pinceau. Il s’exécute. C’est le scandale. Puis arrivent l’accident et la perte de mémoire. Le peintre se réveille. Arturo est toujours là. Ce dernier le prend par la main, sur le chemin de l’escroquerie qui relancera sa carrière. Renzo devient une partie du tableau imaginé par son galeriste.

Gaston Duprat moque de manière grinçante les collectionneurs d’art : une élite richissime, prête à investir des millions dans des oeuvres dont la valeur ne dépend pas seulement de leurs qualités intrinsèques mais aussi de coups marketing. L’autodestruction de la toile de Banksy, qui a fait exploser les enchères en octobre 2018, illustre bien cette dérive. L’oeuvre comme instrument d’une mise en scène, l’oeuvre indissociable de son créateur : c’est ce que dénoncent le réalisateur et le scénariste, son frère Andrès Duprat.

Une intrigue qui s’installe lentement
Le film souffre de longueurs durant sa première moitié. Le portrait de l’artiste désabusé et délaissé par le public traîne en longueur. Le fameux coup de maître promis dans le titre se fait attendre. Le réalisateur meuble un peu trop longtemps avec un Renzo qui pérore sur les capitalistes, à qui il doit pourtant sa gloire passée. Malgré tout, certaines scènes ne manquent pas de mordant, notamment celle où nos deux héros s’introduisent chez la jeune maîtresse de Renzo pour lui voler un tableau qu’il lui avait offert. Mais le tournant du film est bien l’accident de l’artiste. Le potentiel comique des personnages s’exprime alors pleinement, surtout lorsque le spectateur comprend le stratagème que cache le titre du film. Arturo et Nervi étaient partenaires. Ils deviennent complices d’une escroquerie, ce qui laisse place à des scènes d’une délicieuse cocasserie.

Un bonne alchimie entre les deux héros
Son partenariat avec Renzo le perdra. Malgré tout, Arturo ne peut se résoudre à abandonner le peintre qui lui est resté fidèle, même dans les années 80, l’époque de tous les succès. L’homme d’affaire a son ami dans la peau. Le talent d’Arturo est de jongler en permanence entre sa loyauté envers Renzo et l’ambition qui lui a permis de devenir un galeriste reconnu. C’est sans difficulté que Guillermo Francella arbore aussi bien le sourire carnassier du businessman que le sourire sincère qu’il réserve à son ami. Son partenaire Luis Brandoni est lui-aussi un caméléon : de vieux briscard cynique, il devient l’enfant pris en main par son ami. Il s’abandonne. Le comédien est crédible dans les deux rôles.

Un coup de maître est une comédie intelligente, dont le potentiel comique va crescendo.

Un coup de maître (Mi obra maestra) de Gaston Duprat, avec Guillermo Francella, Luis Brandoni et Raul Arevalo. Argentine-Espagne. Sortie en salles le 6 février 2019. Durée : 1h41.

visuel : photo officielle

Gagnez 10×2 places pour le film « Comme un seul Homme »
Ikebana, art floral, une exposition de la Maison de la culture du Japon
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *