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Six films restaurés de Louis Malle en salle : courez voir Le feu follet

Six films restaurés de Louis Malle en salle : courez voir Le feu follet

02 novembre 2022 | PAR Olivia Leboyer
Feu Follet

Plusieurs films de Louis Malle ressortent en salle. Enigmatique, subversif, ce cinéaste a tourné des films très différents les uns des autres. Quelques-uns, et surtout Le feu follet, ont marqué pour toujours l’histoire du cinéma.

Certains cinéastes réalisent toujours le même film, avec des variations. Louis Malle déroute, car il surprend, jamais au même endroit. Le sous-titre « gentleman provocateur » relève le goût de Louis Malle pour la subversion.

Six films ressortent en salle. S’il vous fallait n’en voir qu’un, évidemment, ce serait Le feu follet (1963, Prix spécial du Jury à Venise), adapté du roman éponyme de Drieu La Rochelle, avec Maurice Ronet. Un film inoubliable, qui atteint, qui marque. Alain Leroy (Maurice Ronet) va devoir quitter la clinique de désintoxication, à laquelle il s’était habitué. Tout le monde le dit guéri, mais le sait-il ? Guérit-on jamais de la mélancolie ? Triste, si triste, Alain a aimé des femmes qui l’ont aimé, mais pas exactement comme il aurait fallu. Qui pourrait encore le sauver ? Une fatigue immense saisit cet homme séduisant, brillant, qui ne se sent nulle part à sa juste place. Pourquoi continuer ? Beau, intelligent, sensible, Alain n’est pas une force de la nature, il n’a pas d’œuvre à accomplir. Dans sa jeunesse, il a écumé les fêtes, provoqué, amusé. Aujourd’hui, presque divorcé de Dorothy, un peu amant de Lydia, il n’a ni attaches ni projets. Si ce n’est celui, poli, de dire adieu avant de partir. Quittant Versailles pour Paris, il va, d’ami en ami, faire sa tournée d’adieux, en lançant, peut-être, des appels de détresse, mal perçus. Ses amis l’aiment, l’admirent encore, le plaignent et voudraient l’aider en le ramenant à eux. Mais ils ne ressentent pas la douleur de son appel, ne le prennent pas trop au sérieux. Alain Leroy a passé sa vie à attendre que quelque chose se passe. Les femmes, l’argent, ils ne les a possédés que de loin, pour un temps compté. Les choses lui filent entre les doigts, comme les passants qu’il regarde depuis la terrasse d’un café, si proches et si étrangers. Le regard de Maurice Ronet ne nous lâche pas, inquiet, hanté. Paris défile, avec ses voitures, le Café de Flore, la rue de l’Odéon, immuable et glissant. Alain Leroy a passé sa vie à attendre que quelque chose se passe. « Vous n’avez plus vos angoisses ? » lui demande le médecin, « Pas des angoisses » lui répond Alain, « Une angoisse, une angoisse permanente« . Le mal de vivre.

Le feu follet est un film qui vous suit, qui vous colle à la peau. Tout comme les romans de Drieu La Rochelle. Et Les amants ? Dans un tout autre style, voici un film vif, intrigant, plein de charme. Jeanne Tournier (Jeanne Moreau) est une femme mariée, à un directeur de journal de Dijon. De temps à autre, elle se rend à Paris, chez son amie Maggie (Judith Magre). Là, elle flirte avec le beau Raoul (José Luis de Villalonga). Tout cela reste dans l’ordre des choses. Son mari (merveilleux Alain Cuny, à la voix grave si troublante) semble indifférent. Comment le faire réagir ? Au départ, l’attitude de Jeanne relève du jeu mondain. Mais, un beau jour, sa voiture tombe en panne et elle monte dans celle d’un inconnu, Bernard (Jean-Marc Bory). Aucune logique : c’est l’amour, simplement. Aussi bête qu’un clair de lune. A l’époque, la scène d’amour, tout en nudité et tendresse, a choqué, au point de lancer la censure (le film a reçu le prix du jury à Venise). Aujourd’hui, cette scène demeure très émouvante, intemporelle. Devant l’évidence de l’amour, la pudeur et la gêne s’effacent.

Les autres films possèdent chacun leur grâce : Ascenseur pour l’échafaud (Prix Louis Delluc 1957), film noir terriblement rythmé par le jazz de Miles Davies, les deux superbes amzonnes de Viva Maria (1965, avec Brigitte Bardot et Jeanne Moreau), le trouble lancinant du Voleur (1967, avec Jean-Paul Belmondo), et, bien sûr, la subversion douce du Souffle au cœur, beau film mélancolique sur l’inceste (1971 avec Léa Massari et Benoît Ferreux).

Louis Malle, gentleman provocateur, partie 1, Six films restaurés par Gaumont : Ascenseur pour l’échafaud (1958), Les amants (1958), Le feu follet (1963), Viva Maria (1965), Le voleur (1967), Le souffle au cœur (1971). Malavida. Sortie en salle le 9 novembre 2022.

visuels : photo officielle du film Le feu follet, affiche officielle Louis Malle – gentleman provocateur, bande annonce officielle du Feu Follet.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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