A l'affiche
Sarlat: « Corsage » Vicky Krieps incarne une Sissi à bout de souffle

Sarlat: « Corsage » Vicky Krieps incarne une Sissi à bout de souffle

12 novembre 2022 | PAR Olivia Leboyer
Corsage

Une autre Sissi que l’image d’Epinal incarnée par Romy Schneider. Vicky Krieps campe une impératrice fatiguée, abîmée, qui se heurte au carcan de son rôle obligé. Une démystification en règle, qui nous rappelle les ambiguïtés de l’incarnation politique.

La beauté de Sissi, légendaire, l’oblige à rester éternellement fidèle à ses vingt ans. Or, en 1877, ce sont ses quarante ans que l’impératrice vient de fêter. Impitoyable, l’opinion publique, la presse, traque les signes de l’âge, le ramollissement des traits.

Sissi (Vicky Krieps, habitée, a reçu le prix d’interprétation féminine à Cannes, section Un Certain regard), obsédée par son image, vit pour cette quête de jeunesse inaltérable, insensée. Bains d’eau glacée, séances d’équitation, exercices d’agrès, anorexie, l’impératrice se livre à toutes sortes de contorsions pour conserver intacte la belle image. Quant aux sentiments, elle n’y croit guère. « Nous aimons ce que l’autre admire en nous » se dit-elle en substance, la manière dont l’autre nous regarde. Un malentendu entre deux reflets. Avec son cousin, l’amour repose sur le narcissisme et les fêlures. Avec son mari, François-Joseph (et non plus le sémillant Frantz !), le rapport de forces est pénible. Avec son écuyer, c’est encore Narcisse qui préside au désir. Jusqu’à sa fille, Valérie, qui semble avoir peur d’elle.

Car Sissi est instable. Un peu hystérique, comme ces femmes qu’elle va voir dans l’asile, enfermées là pour adultère, mauvaise conduite. Que cherche-t-elle ? A attraper quelque chose, à fixer un peu le temps. La politique lui est interdite, François-Joseph refusant de parler avec elle sérieusement. Cantonnée à un rôle de représentation, elle s’étiole.

Mélancolique, étiré, le film est scandé par ce motif du corsage qui enserre le corps, à l’étrangler. Paysages brumeux, nourriture écœurante, corps qui ne se répondent pas, Corsage glisse d’une incompréhension à l’autre. La musique de Camille, planante et douce, fait entendre sa morne plainte, au diapason de ce destin malheureux.

Par instants, le film rappelle le Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006) ou La Comtesse de Julie Delpy (2009).

Corsage, de Marie Kreutzer, Autriche, France, Luxembourg, Allemagne, 2h, avec Vicky Krieps, Florian Teichtmeister, Katharina Lorenz, Jeanne Werner, Alma Hasun. Sortie le 14 décembre 2022.

Visuels: photo officielle du film.

Palmarès du Festival de Sarlat : La Salamandre d’or pour « Nos frangins » de Rachid Bouchareb
Neta Elkayam ouvre le 20e Festival Jazz’n Klezmer à l’Espace Rachi
Avatar photo
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture
Registration