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On est « Les crevettes pailletées », on va vous décortiquer… la société

On est « Les crevettes pailletées », on va vous décortiquer… la société

19 avril 2019 | PAR La Rédaction

Après le raz-de marrée de drames gays de ces dernières années (120 BPM, Plaire aimer et courir vite, Call me by your name…), un vent de comédie souffle dans les salles obscures et y apporte un peu de lumière. Sous couvert d’une bonne grosse marrade entre gays en moule boules, Les Crevettes Pailletées, prix spécial du jury au Festival de l’Alpe d’Huez, propose un panel exhaustif de tous les clichés de tout bord et, grâce à cette accumulation, force le spectateur à l’auto-critique. Résultat : une grande leçon de vivre ensemble dans le rire et les larmes.

Par Pascal Gauzès

Ayant en trame de fond, l’histoire vraie d’une équipe de waterpolo (The Shiny Schrimps) d’une association LGBT+ parisienne, Les Crevettes Pailletées s’appuie sur un scénario à première vue facile et déjà vu : Mathias Le Goff, champion de natation sur le déclin profère des injures à caractère homophobe en pleine interview à chaud après une course. Pour espérer retrouver grâce auprès du public et des instances sportives, il doit aider l’équipe de waterpolo gay des Crevettes Pailletées à se qualifier pour les gays games (les Jeux Olympiques de la communauté LGBT+) en Croatie. Coachant cette joyeuse bande de stéréotypes de la communauté homosexuelle, il va évoluer sur le chemin de l’acceptation dans une sorte de road movie initiatique.

Si le scénario n’a rien de révolutionnaire, la manière excessive d’aborder tous les clichés possibles permet de donner tout son sens au film. Nul n’est épargné, que ce soit l’hétéro divorcé incapable de s’occuper de sa fille, le bienpensant totalement obtus, le militant gay lesbophobe… Impossible de ne pas se retrouver dans un personnage et force est de constater qu’aucun ne fait preuve d’intolérance 0. Ainsi le spectateur est pris dans un dilemme : rire des clichés et retomber dans un schéma très XXème ou vivre avec son temps, rire de soi-même et de la vie.

Car le film retrace en effet des tranches de vie : on chante, on pleure, on rit, on meurt… Certes il y a l’objectif des gay games, mais ce qui importe c’est, en filigrane, la construction des différents personnages : celui qui s’est battu dans les années 80 pendant les années SIDA pour faire avancer la cause et celui dont la vie est rythmée par les soirées et les MST, le transsexuel faussement épanoui trop en avance ou une adolescente pour laquelle tout cela sera la « normalité » dans 20 ans. Il y a aussi le terrible constat de ce qu’on peut se mettre dans le nez dans des toilettes de discothèque et ce qu’on se prend dans le nez dans des toilettes d’aire d’autoroute : ce grand écart entre la vie ultra-libertaire et les esprits ultra-conservateurs…

Grâce à cet étourdissement presque quantique, on en perd son référentiel et on se laisse entraîner sans aucun tabou, ni restriction dans la vie de cette équipe, on a envie de se mettre au waterpolo et on rêve de les voir gagner dans une merveilleuse happy end. Le poids de la maladie (pour une fois un cancer) offre pourtant un final très gai.
Une belle réussite pour ce film de Maxime Gorave et Cédric Le Gallo – qui a fait vraiment partie de cette équipe et mêle ainsi comédie et biographie – qui a bien mérité le Prix Spécial du Jury au Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez qu’il a remporté cette année.

Les Crevettes Pailletées, de Cédric Le Gallo, Maxime Gorave, avec Nicolas Gob, Alban Lenoir, Michaël Abiteboul, David Baiot, Romain Lancry, Roland Menou, Geoffroy Couët, Romain Brau, Felix Martinez, Maïa Quesemand, 1h40, Universal France, Sortie le 8 mai 2019.
visuel : photo officielle 

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La Rédaction

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