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Mort à vendre, un très beau film noir marocain

Mort à vendre, un très beau film noir marocain

11 août 2013 | PAR Olivia Leboyer

Épuré, remarquablement incarné, Mort à vendre est un très beau film noir. A ne pas manquer. Sortie le 21 août 2013.

[rating=4]

La scène d’ouverture, très belle, nous montre les retrouvailles de trois amis : Malik et Soufiane sont venus attendre Allal à sa sortie de prison. Relax, souriants, les trois jeunes gens déambulent avec nonchalance dans les rues de Tétouan, comme si l’avenir leur appartenait. Illusion de liberté, illusion d’insouciance et d’ambition, vite contrariées. Des trois, c’est Allal qui est le caïd. Pour un simple vol à la tire ou pour des coups plus gros, c’est lui qui conçoit les plans. Il a toujours protégé Malik, qui a grandi sous la férule d’un beau-père violent. Plus faible, plus rêveur, Malik n’a peut-être pas l’étoffe d’un chef, mais son spleen et son romantisme le destinaient sans doute, en revanche, à être un grand amoureux… Le jour où il rencontre la belle Dounia, Malik se sent enfin libre, heureux, vivant. Se passer une bouteille de coca cola, pour échanger quelques gorgées, quelques éclats de rire, deux ou trois regards appuyés, ces courts instants, magnifiquement filmés, suffisent à sceller le destin de Malik. Allal et Soufiane l’informent que Dounia est une prostituée, mais cela ne change rien à ses sentiments. Il est désormais lié à Dounia, bien plus qu’à ses deux amis.

Les thèmes du film noir, simples et éternels, sont déclinés avec un vrai regard de cinéaste : entre l’amour et l’amitié, la fidélité et la trahison, le courage et la lâcheté, les conflits sont posés, jusqu’à leur exacerbation. Faouzi Bensaïdi (qui a notamment coécrit Loin d’André Téchiné), parvient à nous faire ressentir les pulsations de son récit. Il filme le temps, ces moments de bonheur suspendu, ces dilemmes insolubles, ces accélérations qui, soudain, rendent le dénouement inéluctable. Les moments dramatiques sont montrés avec une rare pudeur. Le désoeuvrement de ces jeunes à l’avenir bloqué, leurs rêves très simples mais, malgré tout, trop grands, nous touchent avec force. Libres, les trois jeunes gens sont encore prisonniers, toujours en sursis, dans un monde où ils n’ont pas leur place. Allal rêve de trafic de drogue, Malik d’amour, et Soufiane, par accident, se retrouve, quant à lui, piégé par les séductions de l’intégrisme religieux. Faouzi Bensaïdi capte les frustrations de cette jeunesse sans repères : une scène sur la plage, avec une mer grise, des instants d’enthousiasme, le temps des projets, puis la réalité qui rattrape ces belles échappées.

Un film noir magnifiquement filmé et très émouvant. L’été, les beaux films ne sont pas si nombreux, alors ne manquez surtout pas Mort à vendre.

Mort à vendre, de Faouzi Bensaïdi, Maroc, 117 minutes, avec Fehd Benchemsin Fouad Labiad, Mouchcine Malzi, Iman Mechrafi, Nezha Rahil, Faouzi Bensaïdi. Sortie le 21 août 2013.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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