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Messe basse, Jacqueline Bisset et Alice Isaaz hantées par l’amour et la mort

Messe basse, Jacqueline Bisset et Alice Isaaz hantées par l’amour et la mort

27 mars 2021 | PAR Olivia Leboyer

Primé pour ses courts-métrages singuliers (Moitié-Moitié, La Mangeuse d’hommes, 2018), Baptiste Drapeau livre un premier film troublant, où la fascination amoureuse et la possession s’accordent sur un thème morbide. Jacqueline Bisset et Alice Isaaz rayonnent de clarté noire.

Dans la scène d’ouverture, un cercueil est enterré, en bonne et due forme. Le plan suivant, 20 ans plus tard, deux femmes prennent un thé, pour un entretien : la plus âgée, Elizabeth (Jacqueline Bisset, toujours sublime) sous-loue une chambre de sa grande maison archachonnaise à une étudiante, Julie (Alice Isaaz). Elizabeth émaille ses phrases de « nous », de « Victor et moi », alors que sa solitude est manifeste. En ville, les gens disent d’elle qu’à la mort de son mari, elle est devenue folle, qu’elle a basculé.

Julie, impressionnable, se trouve subjuguée par cette femme étrange, mystérieuse et si belle encore. Entre elles, un lien va se tisser, peu à peu, au fil de vêtements et de confidences échangés. Dans le beau manteau en cachemire bleu ciel d’Elizabeth, la jeune Julie se redresse, gagne de l’allure. Repérée par un étudiant en médecine, elle débute un petit flirt, qui tourne vite court. Car l’amour, le vrai, c’est sûrement autre chose. Comme une lame de fond, le léger dégoût de Julie pour l’immaturité de ses camarades la rejette violemment dans la sphère d’Elizabeth. Enfermées dans la grande demeure, les deux femmes parlent de Victor, contemplent ses tableaux, ses photos, de vieilles vidéos. Son uniforme de marin, ses costumes, hantent les lieux. De la faculté, où elle est élève aide-soignante, Julie rapporte un jour un mannequin en celluloïd. Ce sera Victor. Elizabeth apprécie le stratagème, et rentre dans un jeu qui devient de plus en plus malsain.

Qui exerce la plus grande fascination sur qui ? Troublée par le fantôme de Victor (écho à L’Aventure de Madame Muir de Mankiewicz), qu’elle voit littéralement s’incarner pour elle, Julie est également fascinée par Elizabeth. La vieille dame, quant à elle, ressent des sentiments bien mêlés, où la jalousie entre à flots. Par des glissements successifs, la tension monte pour atteindre des climax d’érotisme et d’horreur. Le film est réalisé avec des moyes artisanaux, qui rendent l’épouvante plus proche de nous. Notons une scène hilarante dans une parfumerie, qui vient aérer le récit et souligner, en contrepoint, la dérive tragique des deux héroïnes.

Baptiste Drapeau donne une belle densité à ce film de genre en scrutant les visages de ses deux actrices : Jacqueline Bisset, dure et fragile en même temps, et Alice Isaaz, fraîche et palpitante (comme dans Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret), et soudain plus assombrie.

Messe basse, de Baptiste Drapeau, France, 1h31, avec Jacqueline Bisset, Alice, Isaaz, François Dominique Blin, Bastien Ughetto, scénario Ollivier Briand, avec la collaboration de Mauricio Carrasco et Baptiste Drapeau. 2021.

 

Visuel : Copyright Les Bookmakers / Capricci Films

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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