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Melvil Poupaud, à l’affiche de « Une jeunesse dorée »: « Je n’aime pas attendre « 

Melvil Poupaud, à l’affiche de « Une jeunesse dorée »: « Je n’aime pas attendre « 

11 janvier 2019 | PAR Yaël Hirsch

A l’affiche d’Une jeunesse dorée de Eva Ionesco qui fait revivre les années « Palace » le 16 janvier sur nos écrans, Melvil Poupaud a aussi retrouvé François Ozon pour un troisième film ensemble, Par la grâce de Dieu, en compétition à la Berlinale et sur nos écrans le 20 février. Son projet cabaret et cinéphile avec Benjamin Biolay « Songbook » fait l’Olympia les 19 et 20 février. Rencontre. 

 

Comment avez vous rencontré Eva Ionesco ?
Je la connais depuis longtemps. Nous avons joué ensemble dans Eros thérapie. On s’était croisé sur le tournage et j’avais adoré tout de suite son air à la fois très inspiré, très intense et aussi un petit peu perdu, égaré… Ses yeux, sa façon de se tenir, sa tenue, un côté excentrique et en même temps un peu effarouché… Ensuite je l’ai recroisé plusieurs fois parce que je connais son mari, Simon Liberati, que j’admire comme écrivain, je les ai recroisé ensemble et finalement c’est elle qui m’a appelé pour me parler de ce rôle, avec lequel j’ai accroché tout de suite. Je connaissais aussi une des productrices qui avait aussi pensé à moi pour ce rôle, même si au début j’étais peut être un peu jeune pour le personnage, on a fait un gros travail pour me vieillir, on m’a grisonné les tempes

Pourquoi? Quel âge a votre personnage ?
Peut-être 55 ans, une dizaine d’années de plus que moi. Et puis Eva voulait vraiment un côté abîmé. Nous avons travaillé le côté alcoolique ce personnage.

Vous avez connu les années Palace ?

Un petit peu mais quand j’étais petit, parce que ma mère traînait avec des gens du cinéma qui allaient au Palace. Dont Alain Pacadi que j’ai déjà vu plusieurs fois et qui me faisait très peur parce qu’il était dans un état second en permanence, quitte à se casser la gueule et à casser des choses. Il y avait un coté dangereux chez ces personnages. J’ai eu un rapport un peu terrorisé à cette excentricité, ce « jusqu’au-boutisme » et ce milieu assez drogué quand même, faut bien le dire. Pour un môme c’était un peu effrayant. Ensuite, dans les années 1980, j’y suis allé parce qu’ils avaient fait une fête en mon honneur pour la sortie de La fille de 15 ans. J’ai failli ne pas rentrer vu que j’avais moi-même 15 ans, mais avec l’aide d’un ami, les videurs ont compris qu’ils faisaient une fête pour moi. C’était sympa, j’en ai un vague souvenir. Mais pour moi, comme pour tous les gens de ma génération, la boite qui pourrait être un équivalent comme pour le personnage du film d’Eva, ça a été Le Baron. Il y avait ce « vrai ». C’était sûrement moins flamboyant, moins délirant que le Palace mais il y avait cette vraie idée de « on oublie tout », de « on est pas là pour se faire voir »… Les premières années du Baron c’était vraiment une bande de potes qui se retrouvait pour s’éclater et se défoncer, picoler, danser et baiser. Il y avait vraiment ce côté « on se lâche » au-delà du contexte fric, « m’as-tu vu » et show biz.

Vous êtes nostalgique de l’excentricité des années palace ?

Le film parle de cette époque-là comme une époque un peu bénie. Parce qu’Eva l’a vécue comme ça. Mais ça n’élude pas non plus le revers de la médaille : le coté défonce, overdose, perversité… D’ailleurs le personnage principal essaie de sortir de ce tourbillon et de cette spirale infernale. Et mon personnage est à la fois un peu pathétique, un peu glauque, libidineux. Il fait un peu peur même par moments, et d’un autre coté il est aussi amusant, drôle, spirituel, cultivé … c’est grâce à lui que l’héroïne découvre le théâtre et la littérature, il la met aussi sur une bonne voie. Le film raconte comment une jeune fille s’amuse, s’éclate, rencontre des gens incroyables, mais aussi essaye de trouver un sens à sa vie et c’est le théâtre qui lui donne ce sens-là.

Dans le duo que vous formez avec Isabelle Huppert, c’est elle qui mène la danse…

Vous avez raison. Moi avec le personnage d’Isabelle Huppert, je suis un suiveur. C’est elle qui prend les initiatives, qui est manipulatrice, qui a envie de se taper le petit jeune au début et moi je me retrouve comme un con et du coup j’essaie de me taper la petite jeune aussi. Après peut être j’en tombe amoureux mais en tout cas je suis vraiment suiveur. On sent que ce couple a du se rencontrer à une époque où ils se sont aimés follement. Moi je devais être une espèce de jeune gigolo et elle devait être un peu plus âgée. On s’est mariés. Moi j’ai vieilli, j’ai perdu un peu de ma superbe. Elle a conservé cette libido, cette envie de bouffer les hommes, un peu « vamp » et moi vieillissant j’ai perdu un peu mon sex-appeal je dirais. Du coup mon personnage est un peu à la ramasse, c’est la 5ème roue du carrosse qui essaye de se raccrocher aux branches mais on sent que sa vie lui échappe. Il a un gros problème avec l’alcool et la drogue, ce qui n’aide pas. Je dirais qu’il essaye de présenter bien, il fait un peu « vieux beau », il est charmant, il s’habille bien mais on sent qu’à l’intérieur c’est bien fracassé quand-même.

Vous avez réussi à créer une intimité à quatre à l’écran avec ce film. Comment avez-vous fait ?

Le décor aidait parce qu’on a tourné dans un sublime château à une heure de Paris, C’est vraiment un palais magique dont on a profité. Il y a un théâtre, celui qu’on voit dans le film, qui est intégré à la bâtisse. En plus il y avait une bande de jeunes acteurs, Alain-Fabien Delon, Luka Ionesco, Nassim, Galatéa… qui étaient contents de faire ce film. Et Eva a réussi à transmettre cette fantaisie, cette excentricité et ce côté « éclatons-nous ». Elle a créé une bande et chacun s’est identifié à son personnage de l’époque. Donc en effet tout était là pour créer cet esprit un peu hors du temps, magique, pour s’amuser. Il y a aussi cette sensation d’esthète pour les matières, c’est à dire le souci de la reconstitution, presque photographique … Ça se sentait dans la préparation. Eva était hyper précise sur le moindre détail vestimentaire, genre « non c’est pas cette boucle de ceinture là », « ces boots ont le talon trop haut », « le blouson de cuir c’est pas ça qu’il faut ». Elle était au point sur tous les décors, pareil sur les tissus, le mobilier… Elle avait vraiment son film en tête. Elle faisait tout pour que les personnages se tiennent ; « lui est censé être plus bourré que ça » « toi t’as pris de la coke tu devrais être plus speed ». Elle avait vraiment envie que ça ressemble aux souvenirs qu’elle avait de cette époque-là, de rendre justice aux personnages qui sont figurés dans le film. Le monde d’Eva c’est un autre monde, c’est le monde d’Eva et c’est en ça que je pense que c’est une grande artiste. J’ai adoré son bouquin aussi, j’ai adoré ses deux films et j’adore le personnage, c’est quelqu’un qui a une âme d’artiste un peu à l’ancienne, un peu XIX eme siècle…

Comment était-ce de tourner le nouveau François Ozon et de le retrouver ?

C’est un tout autre film. C’est un sujet très fort (trois hommes qui se réunissent pour témoigner contre un curé qui a abusé d’eux enfants nldr) et François Ozon en a fait film magnifique, pas glauque du tout. Au contraire, c’est vraiment l’histoire d’un combat de trois mecs très différents les uns des autres qui se retrouvent et qui luttent ensemble pour se soigner, pour se faire du bien.Ce n’est jamais manichéen. C’est un grand film. Travailler ensemble, c’est limpide. On a déjà fait ensemble Le Refuge et Le temps qui reste et on a continué à se voir, j’ai vu ses films, il a vu les miens… Nous n’avions pas retravaillé ensemble depuis longtemps, mais c’est reparti comme une fusée… Nous sommes aussi speed l’un que l’autre, moi j’aime bien ça aussi, je n’aime pas attendre, j’aime bien sur le tournage garder l’émotion, garder l’énergie. Il m’a confié un rôle encore très important j’ai l’impression, comme dans Le temps qui reste.

Et quelle est la place de la musique et du projet Songbook ?

Benjamin Biolay m’avait invité à faire de la basse sur un album précédent, à faire des concerts avec lui… Notre amitié s’est cristallisée autour de la musique et il m’a demandé si je voulais faire quelque chose de plus important. Il avait du temps, j’avais du temps aussi. On a commencé à se voir beaucoup, à échanger des playlist, à se faire écouter des trucs, à penser à ce spectacle … Au début il s’agissait de quelques concerts et nous nous retrouvons avec 45 dates. C’est un peu hors du temps aussi ce que nous faisons avec Benjamin, ce n’est pas nostalgique mais tourné vers une tradition oubliée que nous réactivons d’un music-hall élégant et d’une chanson française un peu de crooner …

visuel : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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