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Les estivants : Valeria-Bruni Tedeschi poursuit une œuvre touchante et profonde

Les estivants : Valeria-Bruni Tedeschi poursuit une œuvre touchante et profonde

03 février 2019 | PAR Yaël Hirsch

Sous un titre à la Gorki, co-écrit avec Anne de Sacy et Noémie Lvovsky, le quatrième long-métrage de Valeria Bruni-Tedeschi est une œuvre de maturité qui sait préserver la folie créatrice. 

C’est l’été. Dans une maison de rêve au bord même de la Méditerranée, Anna ( Bruni Tedeschi) attend Luca (Riccardo Scamarcio) le père de leur fille Celia qui vient de la quitter. Elle reçoit aussi Nathalie, sa copine un peu tristoune de gauche (Noémie Lvovsky) pour finaliser un scénario de film sur la maladie et la mort de son frère. Pendant que sa mère joue au piano avec sa fille ou le truculent Bruno (Bruno Raffaelli) en attendant de disperser les cendres d’une âme,  sa sœur (Valerie Golino, sublimée comme jamais) boit à mort et son beau-frère (Pierre Arditi) maltraite son secrétaire (Laurent Stocker) pour se consoler un peu d’avoir du liquider –  à grand fracas et milliers d’emplois détruits – l’usine familiale … De l’autre coté: dans l’office et dans la maison des gardiens, les 5 membres du personnel (dont Yolande Moreau dans son jus en intendante luttant contre les sangliers) vivent une existence à part et commentent la vie des « estivants » en espérant négocier quelques jours de congés … 

A la fois tragédie russe et comédie familiale douce-amère, la « fiction autobiographique » de Valeria Bruni-Tedeschi se poursuit avec sa mère et sa fille au cœur du film, les deux crevant l’écran. La mort rôde et l’été pourtant, avec sa sève, fait quelques incursions qui font, un temps, exploser les classes sociales. L’image est plus posée, plus fixe, les robes – et les femmes- de plus en plus belles, dans la lumière azuréenne de l’âge qui grossit et d’une décadence qui, comme l’engrais, enrichit. « Qui a encore ses règles dans cette maison? » demande le major d’homme alors qu’Anna est quittée pour une mannequin plus jeune, que l’arthrose empêche sa mère de dormir presqu’autant que la perte du fils et que Elena -la sœur- est la seule à pleurer ouvertement la fin de la fertilité.

Un film mature avec des scènes de folie (salutations à la discussion noire sur le viol autour de la table policée) à la hauteur d’un casting impressionnant qui se met au service de l’œuvre riche de la réalisatrice. La pauvre petite fille riche est une femme et elle a beaucoup à dire et à montrer.

https://m.youtube.com/watch?feature=youtu.be&v=5e4-nKce9sM  

Les estivants, de Valeria Bruno Tedeschi avec  Valeria Golino, Pierre Arditi, Noémie Lvovsky, Riccardo Scamarcia, Laurent Stocker, Yolande Moreau, 2h08, Ad vitam, sortir le 29 janvier 2019. 

Visuel : affiche et photo du film (c) ad vitam 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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