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Les Enfants de la Chance: Un film familial digne sur l’enfance au cœur de la barbarie

Les Enfants de la Chance: Un film familial digne sur l’enfance au cœur de la barbarie

28 novembre 2016 | PAR Gregory Marouze

Les Enfants de la Chance, le dernier film de Malik Chibane sort en salles et Toute la Culture a envie de le soutenir. Le réalisateur s’intéresse depuis les débuts de sa vie artistique à la question du « vivre ensemble ». Aujourd’hui, avec Les Enfants de la Chance, il raconte l’histoire vraie de Maurice Grosman qui s’est déroulée sous l’occupation, en juillet 1942. Avec finesse et intelligence, il signe un film familial assumé, évoquant la déportation au travers de regards d’enfants.

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affiche-les-enfantsAu fil de ses longs-métrages, Malik Chibane a ausculté la société française et son rapport avec ses communautés. En 1994, il signe Hexagone (premier film produit dans un cadre associatif). Viennent ensuite Douce France, Voisins, Voisines, Pauvre Richard. Dans chacun de ses films, Chibane développe la question du « vivre ensemble », de l’altérité, de l’identité et de la tolérance.

Il signe aussi des documentaires : Le Policier et les députés musulmans, La France black, blanc, beur, sauf en politique. Pour la première fois, avec Les Enfants de la Chance, Malik Chibane réalise un film de cinéma se déroulant dans le passé.

Malik Chibane : « Le producteur Manuel Munz est venu à ma rencontre pour me parler de ce projet. Il avait vu mes films, dont LE CHOIX DE MYRIAM, réalisé en deux parties pour France 3, qui évoque les péripéties d’une famille algérienne, de 1961 à 1979. A la demande de Manuel, je suis allé rencontrer Maurice Grosman, aujourd’hui âgé de quatre- vingt-six ans, pour savoir si son histoire pouvait faire l’objet d’un long métrage. Maurice était un enfant juif, né de parents immigrés polonais dans la France occupée. Il échappa plusieurs fois à la déportation grâce à d’incroyables concours de circonstances. La vie de Maurice avait déjà fait l’objet d’un livre-témoignage (N’HABITE PLUS A L’ADRESSE INDIQUEE écrit en 2009 par François Taillandier, Editions de l’Archipel), et aussi d’un autre ouvrage, rédigé par lui-même, dédié à sa famille. Si ces deux écrits ont constitué une première base de documentation, j’ai très vite eu un sentiment de « dèjà vu ». Nous sommes donc repartis de zéro et j’ai cherché un moyen d’insérer mon point de vue dans cette histoire vraie. Cette quête m’a pris un certain temps. »*

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Ainsi, Malik Chibane prend le parti de raconter son histoire par le prisme de l’enfance. Il est vrai que les plus cinéphiles d’entre nous se rappellent du film de Louis Malle, Au Revoir les Enfants. Mais ce chef-d’œuvre date de 1988 et peu d’enfants ou d’adolescents ont pu le découvrir. De plus, combien de films français ont-il montré l’enfance en temps de seconde guerre mondiale depuis Jeux Interdits (1952 – René Clément)?

Par ailleurs, Malik Chibane assume de réaliser un film familial. Il fait des choix esthétiques qui peuvent, de prime abord, déconcerter. La photographie est chaude – contrastant avec la dureté du sujet – mais Chibane tient justement à s’adresser au plus grand nombre, et en premier lieu aux enfants (la Shoah demeure hors champ).

Il prend le parti pris de filmer ses jeunes acteurs (tous merveilleux) avec une douceur qui justifie parfaitement les couleurs du film. En temps de guerre lorsque l’enfance souffre, est meurtri, les gosses s’amusent, s’évadent par l’imaginaire. Les choix esthétiques de Chibane prennent alors tout leur sens. Il n’y a pas de fautes de goût.

Malik Chibane: « Quand on est enfant, pour résister à la guerre, à l’Occupation, aux rafles, à la tuberculose et aussi à l’ennui, le jeu et la fantaisie sont indispensables. On s’émerveille d’être encore vivant, on joue, on rit et on donne aux évènements les plus anodins une intensité rare. » *

Pour autant, le réalisateur n’occulte pas le tragique de la situation et ne filme pas un monde idéalisé de l’enfance. Certains gosses (à l’image des adultes) sont cruels, d’une grande dureté avec leurs petits camarades juifs. Ces enfants répètent les abominations prononcées par leurs parents.

les-enfants-4Ne bénéficiant pas d’un budget important, Chibane concentre une grande partie de son film à l’intérieur de l’hôpital de Garches. Cette option, il l’adopte surtout pour des questions de narration. Comment ne pas voir dans cet hôpital, où vont se jouer drames et moments plus joyeux, une volonté de concentrer la société de l’époque en un monde clos ?

Un médecin (impeccable Philippe Torreton) n’a de cesse de vouloir sauver des vies alors que son frère – appartenant à la police française – fait le choix inverse, abject ! Ainsi Chibane pose avec simplicité et sans caricature la question que chacun est amené à se poser en temps de guerre et d’atrocités. Forcément, le spectateur s’interroge : quel choix aurait-il fait ?

Alors que notre société peut se montrer particulièrement nauséabonde (avec son racisme, la résurgence de l’antisémitisme, son homophobie, sa haine des femmes, son rejet de l’autre, …) Les Enfants de la Chance prend tout son sens. Ce film retraçant une page honteuse de notre Histoire, interroge aussi notre présent.

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Malik Chibane: « Grâce à ce film, j’espère avoir cerné et mis en scène les aspects funestes de la culture du bouc émissaire (d’hier et d’aujourd’hui). Le citoyen que je suis est convaincu que la commémoration de la Shoah représente un bouclier qui protège du pire tous les enfants, les petits-enfants, les arrière-petits-enfants de toutes les immigrations. C’est pour cela qu’il ne faut jamais cesser d’en parler. » *

Lors de sa présentation au 17ème Arras Film Festival, un public nombreux – environ 800 spectateurs ! – a réservé un triomphe aux Enfants de la Chance. Chibane, très ému, n’en revenait pas. On souhaite que les spectateurs lui réservent le même accueil pour la sortie de son film en salles.

Grégory Marouzé

 * Propos issus du dossier de presse

Un dossier pédagogique est mis a disposition par le distributeur du film, Wild Bunch

Synopsis : Juillet 1942. Emmené à l’hôpital de Garches pour une jambe cassée, Maurice Gutman, 12 ans, évite de justesse la rafle qui va emporter sa famille. À l’hôpital, le docteur Daviel lui diagnostique une tuberculose et lui impose un long traitement. Et si cela n’était qu’une ruse pour éviter à Maurice d’être déporté ? Maurice et huit autres jeunes pensionnaires vont vivre, avec le personnel hospitalier, une expérience inoubliable, faite de preuves d’amitié, de solidarité et de courage extraordinaire. Ce sont les enfants de la chance et leur histoire est vraie.

Les Enfants de la chance de Malik Chibane

Avec Philippe Torreton, Pauline Cheviller, Mathias Mlekuz, Antoine Gouy

France – Format : 1.85 – Son : 5.1 Durée : 1h35 Sortie cinéma : 30 novembre 2016

Visuels: © Wild Bunch Distribution

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Gregory Marouze
Cinéphile acharné ouvert à tous les cinémas, genres, nationalités et époques. Journaliste et critique de cinéma (émission TV Ci Né Ma - L'Agence Ciné, Revus et Corrigés, Lille La Nuit.Com, ...), programmation et animation de ciné-clubs à Lille et Arras (Mes Films de Chevet, La Class' Ciné) avec l'association Plan Séquence, Animateur de débats et masterclass (Arras Film Festival, Poitiers Film Festival, divers cinémas), formateur. Membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, juré du Prix du Premier Long-Métrage français et étranger des Prix de la Critique 2019, réalisateur du documentaire "Alain Corneau, du noir au bleu" (production Les Films du Cyclope, Studio Canal, Ciné +)

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