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Les Conquérants, Denis Podalydès + Mathieu Demy ont vu un ours

Les Conquérants, Denis Podalydès + Mathieu Demy ont vu un ours

20 septembre 2013 | PAR Olivia Leboyer

 

Après 8 fois debout (déjà avec Denis Podalydès), Xabi Molia signe un film réussi et assez surprenant, comédie tout à la fois morose et pétillante. Sortie le 25 septembre.

La trame paraît usée jusqu’à la corde : un tandem mal assorti, fruit de circonstances malheureuses, une chasse au trésor improbable (la quête du Graal, rien de moins !). Et la réussite du film tient à cette disproportion, soigneusement tenue de bout en bout, entre « l’énorme » ficelle de départ et les petits riens qui, de décalage en décalage, nous donnent envie de suivre ce drôle de duo. Denis Podalydès et Mathieu Demy sont tous deux fabuleux : « immenses losers », comme le clame Podalydès, sans vrai travail, sans vie sentimentale, sans confiance en eux, sans bonne santé… Tant de déboires ne cacheraient-ils pas une malédiction ? Au lieu de sombrer, les deux frères vont se raccrocher, bon an mal an, à une vieille légende tordue. Xabi Molia introduit le surnaturel, de manière étonnante et efficace : par toutes petites touches, mais très spectaculaires. Précisément, ces scènes hallucinantes n’interrompent pas le cours du film, imperturbablement dépressif ! L’effet comique est, naturellement, atteint. En choisissant Denis Podalydès (Versailles chantier, Liberté Oléron, Adieu Berthe, mais aussi Le Mystère de la chambre jaune, de son frère Bruno) et Mathieu Demy (Le nouveau Jean-Claude de Didier Tronchet, ou son Americano), Xabi Molia jouait sur du velours : tous deux sont pleinement dans leur emploi. Et c’est ce qui fait la force du film, cette impression de déjà-vu subtilement dosée en légers décalages. On a déjà vu ce genre de film, on a déjà vu ces deux acteurs dans ces rôles-là. Dans le même genre, on a aussi vu mieux, par exemple Les Apprentis de Pierre Salvadori (1995) avec François Cluzet et Guillaume Depardieu. Mais, comme dans une pièce de Molière, être en terrain connu renforce la connivence avec le spectateur. Et l’humour de Molia, quasiment plat même en montagne, fonctionne tout à fait.

Une comédie sans hystérie, où les drames ne sont pas ponctués de cris, voilà qui repose et, au final, émeut. Les dialogues ne se réduisent pas à des bons mots, ce sont de vraies conversations, très naturelles. Comédie sombre, héros désespérés ? A la question « Tu vas bien ? », Denis Podalydès répond joliment « Je sais pas trop… » Xabi Molia saisit ces moments de flottement, avec peut-être, au bout, un peu de lumière.

Les Conquérants, de Xabi Molia, France, 1h36, avec Mathieu Demy, Denis Podalydès, Christian Crahay, Julie Kapour, Michel Dubois, Michel Molia, Xabi Molia, Jean-Claude Drouot. Sortie le 25 septembre 2013.

visuels : affiche et photo officiels du film

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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