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Le réalisateur Eric Barbier valide, avec succès, son adaptation déchirante du roman « Petit Pays » de Gaël Faye

Le réalisateur Eric Barbier valide, avec succès, son adaptation déchirante du roman « Petit Pays » de Gaël Faye

31 août 2020 | PAR Loïs Rekiba

Le réalisateur Eric Barbier (La promesse de l’aube, Pris de court, et Le Dernier Diamant) nous livre l’adaptation déchirante de Petit Pays, l’ouvrage à succès signé par l’écrivain et artiste franco-rwandais Gaël Faye, en 2016. La toile de fond du film est le conflit interethnique qui, à la fin du XXè siècle, a opposé de manière extrêmement violente les Tustsis et les Uthus, au Rwanda mais aussi dans le petit État frontalier du Burundi.

L’histoire, c’est celle du tout jeune Gabriel (magnifiquement interprété par un Djibril Vancoppenolle tout plein d’espièglerie et de tendresse), fruit de l’union d’un Français et d’une réfugiée rwandaise au Burundi, qui nous conte avec entrain et nostalgie la douceur de son enfance, dans un Burundi heureux, celui des péripéties, des rigolades entre amis, et de la douceur du foyer. Surgira tout d’un coup, dans cet écrin familial, un véritable renversement intime et politique. L’année 1993 marque le début d’une sanglante guerre civile interethnique et, pour la famille de Gabriel, la parenthèse enchantée et ouatée s’arrête résolument. Quelques mois après, l’ethnie des Tutsis est massacrée au Rwanda. 

Une description belle, mais non sans défauts, d’une enfance heureuse et douce brisée face au surgissement soudain de la violence des hommes

L’enfance heureuse, voila le sujet d’une bonne partie du film. Traitée avec nuance et réalisme, le film réussit à restituer cette période de la vie de Gabriel avec une étonnante justesse, puisque le jeune garçon, ainsi que sa soeur Anna, surprennent par leur maturité ainsi que par leur lucidité sur les rapports (difficiles) entre les hommes. Le personnage de Gabriel est en proie à un véritable déchirement identitaire entre d’un côté l’origine tutsie de sa mère et, de l’autre, l’origine française de son paternel. Cette facture identitaire a le mérite d’être traitée par le film sur les deux plans, la première partie se concentre sur l’intime et la seconde déroule, avec violence, les conséquences politiques de ce tiraillement en élargissant la focale de l’intime à une échelle plus globale, et cette fois-ci plus politique : celle de deux pays voisins, le Rwanda et le Burundi ,qui sont le site d’un génocide inter ethnique.

Entre scènes de vie familiale où règne une sérénité enchanteresse et des scènes d’une violence et d’un réalisme inouïs, le film dessine une courbe narrative intéressante, pêchant parfois par l’irrégularité et l’écart de sa maîtrise (éllipses temporelles régulières, et désaxantes), mais marquant tout de même par une scène forte, une forme de contraste consolidant la rupture de l’enfance douce et heureuse de Gabriel et de sa soeur. 

Une fable de la séparation à la croisée de l’intime et de l’historique

Le film est une véritable fable de la séparation qui se joue sur trois plans majeurs, à la croisée d’enjeux intimes et politiques. Le scénario ne part pas dans tous les sens, bien au contraire. Si l’histoire nous est racontée du point de vue du jeune Gabriel, il se dessine, à même l’histoire murmurée par l’enfant, la question de la partition.

la séparation

Cette partition vient dessiner une sorte de métaphore douce-amère de l’entrecroisement, tragiquement inexorable, de la sphère de l’intime et du politique, à cause de la force de préjugés humains délétères :  la désagrégation familiale (la mère Tutsie et le père français se déchirent et semblent ne pas être au clair avec leur appartenance identitaire), la désagrégation de tout un peuple, avec les Hutus d’un côté et les Tutsis de l’autre, motivés par des préjugés grotesques et, enfin, la séparation entre le personnage principal  et son pays d’origine – la toute fin du film faisant écho à la situation de Gabriel rapatrié en France alors que son pays est en proie à l’horreur.

Il y a là un véritable talent de la part de Eric Barbier. Celui-ci refuse le simplisme. Il ne s’agit pas de sectionner totalement la partie sur l’enfance et la partie prenant comme théâtre l’horreur de la guerre civile. Bien au contraire. Le réalisateur engage le spectateur vers autre chose, en lui montrant que, quoi que l’on fasse, ces deux parties, tragiquement, s’entrecroisent, dans ce scénario dont on ne ressort définitivement pas indemne.

Film français réalisé par Eric Barbier. Avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Kabano, Djibril Vancoppenolle, Dalya de Medina (1 h 52).

©Visuels:affichedufilm

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Loïs Rekiba

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