A l'affiche

L’Autre continent, de Romain Cogitore : les difficultés hybrides et internationales de la jeune génération

L’Autre continent, de Romain Cogitore : les difficultés hybrides et internationales de la jeune génération

07 avril 2019 | PAR La Rédaction

Dan son premier long-métrage, Romain Cogitore réunit Déborah François et Paul Hamy, nous dépayse et fait cohabiter le microscopique et le gigantesque pour ausculter les pertes de repères de toute une génération. Sortie en salles le 5 juin 2019. 

Par Céline Bourdin

Maria a 30 ans, elle est impatiente, frondeuse, et experte en néerlandais. Olivier a le même âge, il est lent, timide et parle quatorze langues. Ils se rencontrent à Taïwan. Et puis soudain, la nouvelle foudroyante. C’est leur histoire. Celle de la force incroyable d’un amour. Et celle de ses confins, où tout se met à lâcher. Sauf Maria.

À une époque où les films sont sans cesse étiquetés, prêts à être rangés dans des cases toutes faites dont ils ne doivent dépasser, le plaisir de sortir d’une salle de cinéma en ayant la délicieuse sensation d’avoir été surpris semble de plus en plus rare. Ainsi, tandis que les indices disséminés sur son chemin présentaient plutôt le second long-métrage de Romain Cogitore comme une nouvelle variation autour de la rencontre amoureuse, L’Autre Continent vient, au final, s’affranchir, avec insolence et élégance, des attentes en s’affirmant tel un objet mêlant finement drôlerie et mélancolie.

L’histoire commence comme des centaines d’autres avant elle : loin de leur pays d’origine, deux jeunes trentenaires aux tempéraments opposés font connaissance à Taïwan avant d’engager un vaste jeu de séduction. Mais le film n’est pas – et ne sera jamais – une comédie romantique tant leur idylle touche à quelque chose de plus posément réaliste que d’illusoire. Romain Cogitore filme soigneusement ces moments de plénitude où les différences de personnalités se comblent dans la complicité, dans les instants où les ressemblances du cœur disent tout du réconfort qui naît lorsque l’on devient deux. En cela, les premières minutes du long-métrage étonnent dans leur précision et leur vérité à capter l’esquisse d’un sourire, d’un regard ou d’une étreinte.

En retraçant, tout d’abord, l’élan amoureux et la passion qui s’immisce, L’Autre Continent pourrait n’être qu’un court-métrage narrant les débuts d’une relation où les couleurs pastels font oublier les nuages qui pointent à l’horizon. Très vite, pourtant, sa tonalité burlesque s’emballe vers une progression habilement tissée pour dépeindre l’installation du couple dans la durée face aux obstacles de la vie. Lorsque deux nouvelles viennent ternir un tableau sans ombres, les sirènes du drame se mettent à sonner mais le réalisateur a l’intelligence d’y conserver la fraîcheur qui inondait son film bien avant.

Devant sa caméra, le tandem formé par Déborah François et Paul Hamy insuffle cette légèreté dont L’Autre Continent ne pourrait se passer sans y abandonner une grande partie de ses qualités. Alors qu’elle brille par sa spontanéité et son franc-parler, le poussant perpétuellement dans ses retranchements, lui exulte dans une nonchalance étudiée qu’il dose justement pour plonger le spectateur dans une profonde empathie. Tout le film paraît alors construit autour d’un point de bascule et redistribuer en permanence les cartes de la nuance afin d’épouser les points de vues et l’évolution de chaque personnage.

La mise en scène de Romain Cogitore suit le même chemin puisqu’elle s’applique à faire coexister le microscopique et le gigantesque en utilisant notamment la technique du tilt shift. Jusqu’au bout, l’étrangeté du long-métrage ne s’impose jamais sans tendresse puisque l’onirisme de certaines séquences y répond toujours au réalisme exacerbé d’autres. Dans ce mélange hybride, les difficultés d’une génération devant assumer les incertitudes de leur avenir et embrasser un destin qu’ils n’ont pas choisi se révèlent au grand jour. Le jeune cinéaste parvient alors à raconter l’histoire d’un deuil métaphorique, celui qui apparaît pour rappeler la fragilité de l’existence et la capacité à traverser les lendemains qui déchantent.

L’Autre Continent – Film-Annonce from Sophie Dulac Distribution on Vimeo.

L’Autre Continent, de Romain Cogitore, avec Déborah François, Paul Hamy et Vincent Perez, 1h30, Sophie Dulac, Sortie le 5 juin 2019. visuel : affiche du film.

Concert du couronnement : A l’Atrium de Chaville, le 5 Avril 2019
Franglish se dévoile dans « Monsieur » [Interview]
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *