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Latifa, le coeur au combat: le portrait poignant de la Gandhi d’aujourd’hui

Latifa, le coeur au combat: le portrait poignant de la Gandhi d’aujourd’hui

21 septembre 2017 | PAR Donia Ismail

« J’ai payé le prix fort ». Latifa Ibn Ziaten a perdu son fils de 30 ans, Imad, dans l’attentat de Toulouse perpétré par Mohamed Merah en 2012. Un deuil immense, mais qui fut le moteur du combat d’une vie. Olivier Peyon et Cyril Brody nous présentent le portrait de cette femme courageuse, en salles le 4 octobre.


Le 4 octobre sort dans les salles obscures françaises un film sur l’histoire d’une femme, ou plutôt sur le combat qu’elle entreprend de façon acharnée depuis mars 2012. Latifa Ibn Ziaten est franco-marocaine. Arrivée en France à l’âge de 17 ans, elle est l’exemple même de la « l’intégration réussite ». Une sorte de success story à la française. Mais tout est bousculé en mars 2012, lorsque Mohamed Merah, terroriste âgé de 23 ans, se lance dans la première attaque terroriste qui fait entrer la France dans une nouvelle ère. Le 11 mars, il fait sa première victime, Imad Ibn Ziaten, militaire au service de la Nation, Merah assassinera ensuite deux militaires avant d’orchestrer la tuerie de l’école Ozar Hatorah. C’est ce drame qui est à l’origine du combat de cette femme. Olivier Peyon et Cyril Brody ont alors décidé de faire le portrait d’un combat de toute une vie menée par une femme de caractère au courage infini.

Un an entier. Les deux réalisateurs ont eu la chance de pouvoir suivre les pas de cette femmes toute une année: un luxe. Le documentaire navigue entre discours poignants, larmes d’une mère sans cesse ramenée au fantôme de son fils, et scènes de joie, de liesse —comme celle du marathon qui est une heureuse respiration. Et c’est là où se cache le génie de ce film. On voit une Latifa Ibn Ziaten différente, aimante, réconfortante mais surtout drôle pleine de vie. Une mère du peuple.

L’horizon de la France se confond petit à petit avec celui du Maroc. Entre deux voyages dans l’Hexagone et loin des plateaux télés, on la voit dans son village natal, entourée des siens. Mariage de son fils, marathon dont elle est l’invitée d’honneur, ou encore sur la tombe d’Imad. Ces moments d’intimité permettent de saisir un peu plus la personnalité de la vraie Latifa Ibn Ziaten: une mère meurtrie certes — qui ne cesse de penser à l’enfant qui lui manque — mais aussi une femme au sourire rayonnant et au rire mélodieux.



« Il y a tout un travail à faire avec la jeunesse »

imadOn est complètement admiratif face à cette ténacité sans faille. Elle a ce quelque chose qui vous happe, vous émeut en plein coeur. Son histoire certes nous fait monter les larmes aux yeux rapidement, mais elle a cette capacité à capter l’attention de son auditoire. Elle sait apporter une forme de réflexion à ces jeunes. Elle est la figure d’une mère que certains d’entre eux n’ont plus. Elle est d’une douceur telle, n’hésite pas à prendre dans ces bras les jeunes qui l’approchent les yeux inondés de larmes. En somme, elle sait écouter. Elle leur apporte quelque chose que nulle autre personne ne peut apporter. Elle est l’intermédiaire entre une jeunesse délaissée et les institutions de la République. Elle crée alors un pont capable de franchir ce fossé qui paraissait, alors, infranchissable.

Ce travail, elle l’entreprend et ce depuis la mort de son fils. Avec son association, Imad pour la jeunesse et la paix, elle sillonne la France à la rencontre de lycéens, collégiens, elle rend visite à des prisonniers dans des centres d’incarcération pour raconter son histoire et surtout faire passer son message de paix. Elle leur tend la main et ne cesse de leur répéter: « Vous êtes la lumière, accrochez-vous ». L’espoir, voilà la clé. Ses mots sont simples, loin des effusions littéraires de certains conférenciers ou politiciens. C’est l’affect et lui seul qui prime. Sa fille la désigne comme la « Gandhi d’aujourd’hui ». Une évidence.

visuel: Haut et Court

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Donia Ismail

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