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« La Passagère » Cécile de France amoureuse, forte et libre

« La Passagère » Cécile de France amoureuse, forte et libre

22 août 2022 | PAR Olivia Leboyer
La Passagère

Après plusieurs courts-métrages remarqués et primés (dont Comme un grande en 2014 et L’âge des sirènes en 2016), Héloïse Pelloquet livre un premier film romanesque et libre, où les paysages marins accompagnent la naissance de l’amour. A découvrir en salles le 19 novembre 2022.

Dans ses courts, Héloïse Pelloquet filmait, avec sensibilité et naturel, la transition de l’enfance à l’adolescence (on retrouve ici Imane Laurence, actrice fétiche d’Héloïse Pelloquet dans un joli second rôle). Dans La Passagère, les âges perdent de leur poids, nous suivons simplement les méandres d’une vraie et belle rencontre entre une femme et un garçon. Cécile de France incarne, au sens plein, Chiara, femme-marin, solide et épanouie. Le film s’ouvre lorsqu’elle pénètre dans une superbe maison, où tout respire l’élégance et le luxe discret, pour chercher le nouvel apprenti, Maxence (Félix Lefebvre, que l’on a beaucoup aimé dans le Eté 85 de François Ozon). Un jeune homme charmant, dont la mère souligne avec un léger agacement qu’il s’est vite lassé de son précédent apprentissage. On ne saura pas pourquoi ce jeune homme si bien élevé, excellent flûtiste, s’oriente à cet âge vers le monde du travail, et pas n’importe lequel, celui, rude et éreintant, de la haute mer.

Chiara et son mari Antoine (Grégoire Monsaingeon) accueillent Maxence chez eux, et commencent à le former avec bienveillance. D’abord un peu déroutée, amusée, par la maturité du garçon, Chiara se sent vite troublée. Ses regards, sans détour, sont ceux d’un homme. De son côté, elle perd pied, rit comme une gamine, se déleste de quelque chose, mais de quoi ? Car elle était, jusqu’ici, heureuse dans son couple, dans son métier, dans son quotidien au milieu de ces gens de mer qui l’ont adoptée, elle l’étrangère venue de Belgique, née en Italie. On ne saura pas pourquoi elle a coupé les ponts avec sa famille. Lors d’un discours de mariage, pour leur meilleur ami Tony, elle a la voix qui tremble en évoquant la gentillesse avec laquelle cette communauté de marins l’a accueillie, il y a 19 ans. Maxence n’était même pas né.

C’est un film de climats, de sensations (il y a quelques années, nous avions aimé Angèle et Tony d’Alix Delaporte sur la ,possibilité d’un amour dans un port de pêche). Au fil des saisons, le désir se précise, échappant à tout contrôle. Chez Chiara, les gestes de l’amour ressemblent à ceux du marin, naturels, un peu virils. Maxence et elle jouent, complices, dans une zone protégée, où l’âge, le genre n’entrent pas en ligne de compte. Dans un petit port, tout se sait vite. Et ces gens de mer si amicaux deviennent, tout d’un bloc, hostiles, tranchants comme des silex. Deux scènes d’une grande violence marquent ce rejet.

La brutalité ou la douceur s’expriment parfois quand on ne l’attend pas. Le personnage du mari, plein de mansuétude et de compréhension, émeut. « Tiens, c’est l’amour qui passe/Les magnifiques chevaux/Tiens, Voilà l’amour qui passe/Qui vient vous prendre au mot« , chantait Jean-Louis Murat. Quand l’amour passe, certains le huent, d’autres s’inclinent, vaincus, certains renoncent, d’autres osent. Le titre (cette année, Les passagers de la nuit de Mikhaël Hers captait aussi des climats sentimentaux en transit, chez lui dans la nuit de la radio) met l’accent sur la personnalité de Chiara qui, peu à peu, se fortifie et se révèle. Etre une passagère, d’un pays à l’autre, une passagère de l’amour, c’est peut-être une manière d’être au monde, libre.

La Passagère, d’Héloïse Pelloquet, 1h35, France, avec Cécile de France, Félix Lefebvre, Grégoire Monsaingeon, Jean-Pierre Couton, Imane Laurent. Sortie le 19 novembre 2022.

visuels: photo officielle du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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