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La fille de Nulle part accroche Jean-Claude Brisseau aux sommets du 7ème art

La fille de Nulle part accroche Jean-Claude Brisseau aux sommets du 7ème art

01 avril 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

Couronné par un léopard d’or au dernier festival de Locarno, Jean-Claude Brisseau continue de briguer l’élégant espace du cinéma du Panthéon avec « La Fille de Nulle part ». Plaidoyer pour un cinéma du bricolage et du questionnement.

Alors que sa troublante trilogie sur le plaisir féminin (Choses secrètes, Les anges exterminateurs et A l’aventure) a malheureusement surtout attiré l’attention suite à sa condamnation en justice pour harcèlement sur les castings du premier volet, on croyait Jean-Claude Brisseau, à près de 80 ans, un peu out. Mais près de deux mois après sa sortie, « la fille de nulle part », léopard d’or 2012 (voir notre annonce) est encore complètement dans la course. Fidèle à son esthétique, directe et simple, Brisseau continue d’y poser inlassablement les questions qui le hantent : la place du paranormal et de la mystique, le mystère du désir féminin, et la force de nos illusion. Financé avec les droits d’une rediffusion de « Noce blanche », le film est économe jusqu’à forcer un Brisseau pas très à l’aise a endosser en plus de ses rôles de réalisateur, producteur, scénariste, directeur de la photographie, et monteur, celui d’acteur. Il jour le rôle d’un vieux professeur de mathématique cinéphile retrouvant sur son palier parisien, une jeune femme de 26 ans, battue à mort et dont il va s’occuper. Dans le rôle du blond ange peut-être réincarné, l’on trouve son assistante et coscénariste des « Anges exterminateurs », Virginie Leguay.

Fable sur la solitude, écrite avec une maladresse aussi poignante que touchante, et tournée quasi-exclusivement dans un appartement, « la fille de nulle part » est d’un dépouillement qui heurtera certains, à voir des grands fantômes caricaturaux sortir des placards et le réalisateur vieillissant se plaignant sans colère de la solitude sur un banc parisien. Et pourtant… Il y a quelque-chose d’irrésistible dans cette « Fille de nulle part ». Quelque chose de vraiment fort : le sens de la nécessité. Fragiles parce que communes, les questions que pose Brisseau sont celles du commun des mortels, et pourtant, malgré le manque de moyens et avec le seul outil qui est à sa disposition : une caméra, le réalisateur poursuit sa quête : tenter de mieux cerner ces questions à travers le cinéma. Devant un tel impératif et une telle force de création on fait fi des lignes mal dites, des cadrages étranges et des ficelles un peu épaisses et l’on se laisse prendre à la comédie tellement humaine et tellement ouverte que Brisseau et sa muse Leguay nous proposent. « La fille de l’après-midi » est plus qu’un film, c’est une réponse authentique à l’absurdité du temps qui passe.

« La fille de nulle part », de Jean-Claude Brisseazu, avec Virginie Legeay, Jean-Claude Brisseau , Claude Morel, Lise Bellynck, France , 2012, 1h31. Sortie le 6 février 2013.

http://youtu.be/RLN5fERhMIc

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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