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La Cité de l’architecture et du patrimoine

23 septembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

En travaux depuis douze ans, la Cité de l’architecture et du patrimoine a ouvert ses portes flambantes neuves en septembre 2007 sur la colline de Chaillot.

Depuis 1878, la colline de Chaillot abrite un « monument à l’art Français ». Pièce maîtresse des expositions universelles de 1878 et 1937, ce musée dédié au patrimoine Français au sein de Chaillot avait fermé en 1996 pour rénovation. Maintenant que les collections du Musée de l’Homme ont migré vers le quai Branly, et la cinémathèque vers Bercy, la flamboyante Cité de l’architecture et du patrimoine est vraiment, à gauche, le coeur battant de la colline. Le bâtiment, rénové par l’architecte Jean-François Bodin respecte les 150 ans d’histoire du musée tout en adaptant l’espace aux besoins d’un public à la fois moderne et, du citoyen curieux au spécialiste en histoire de l’art, intéressé par les richesses architecturales de la France.

3 institutions & 3 galeries pour un musée

Trois grandes institutions sont concentrées à la Cité de l’architecture et du patrimoine : l’Institut Français d’architecture (IFA), avec ses préoccupations modernes et contemporaines sur l’organisation de l’espace, est venu compléter le panorama historique que dressaient les collections du Musée des monuments de France sur les monuments de France du XII e au XVII e siècle. Enfin, l’illustre Ecole de Chaillot rentre au bercail en rejoignant les deux autres institutions, pour former au sein même de la cité de l’architecture et du patrimoine des architectes spécialisés dans la restauration.

La Cité est composée de trois galeries :

Voulu « classique » par Jean-François Bodin, avec ses murs rouges « pompéiens », le Musée des monuments Français s’étend sous une verrière de 15 m de haut. Soucieux de l’identité historique de ce musée, l’architecte semble juste avoir dépoussiéré les murs et les collections de plâtres copiant les plus grands monuments de France sans avoir transformé le lieu. La collection de plâtres – puisqu’il s’agit bien de moulages et non de morceaux de monuments, comme on pourrait à première vue le croire- n’a pas changé. Les moulages sont historiques. Par exemple, celui de la façade de la cathédrale de Reims, créé à la fin du XVII e siècle, a permis de redonner à celle-ci l’illustre sourire de son ange, après sa destruction pendant la Première guerre mondiale. La visite commence sur le portail majestueux de l’abbaye romane de Moissac, et passe en revue tous les joyaux romans et gothiques de notre pays, pour se clore sur la maquette de l’Opéra imaginé par l’architecte Muly la fin du XIX e siècle.

A l’étage, moins haute de plafond et plus dense, la galerie d’architecture moderne et contemporaine (1851-2001) recense tous les grands projets de Haussmann à Jean Nouvel. Deux angles thématiques sont choisis pour présenter les projets. A droite de l’entrée, est abordée la question des besoins sociaux : des complexes sportifs, aux bibliothèques, en passant par les logements urbains, les plateaux montrent comment les architectes répondent, et parfois  devancent, les besoins d’une population en mutation. Une maison imaginée par Le Corbusier et reproduite grandeur nature est le seul exemple d’architecture intérieure proposé par la Cité ; elle apporte un caractère ludique à une grande galerie très didactique. A gauche de l’entrée, la galerie expose une réflexion sur les matériaux nouveaux.

Qui est d’ailleurs complétée par une exposition temporaire très intéressante sur le thème de « la peau ». De la cité du design de Saint-Etienne aux nouveaux locaux de Jussieu, en passant par les Docs de Paris et le musée de la dentelle de Calais, ces dernières années, il semble que la matière, la couleur, la respiration et l’élasticité de la peau inspire les plus grands architectes pour élaborer leurs grands projets. La Cité en présente quatorze dans un espace confiné et agréable.

Enfin, baroque et labyrinthique, la galerie des peintures murales et des vitraux présente les reproductions des plus belles fresques de France, dans de petites salles intimes et qui miment les formes et la matière noble des chapelles, et des cryptes délicates où les originaux sont visibles.

Une muséographie de pointe

Si l’architecte de la Cité de l’architecture et du patrimoine a tenu à rester fidèle à l’histoire du lieu, le président du lieu, François Mazière, a tenu à ce que la manière de présenter l’histoire des monuments de France soit à la pointe de la muséographie moderne. Et cette manière de présenter notre patrimoine donne une unité aux trois galeries. Ainsi les maquettes d’époques ont été complétées par de nouvelles maquettes pour donner à voir l’ensemble des bâtiments dont sont tirées certaines sculptures aux visiteurs. La signalétique est identique dans les trois galeries. Elle devrait être établie en 5 langues et une carte de France permet de repérer où se situe la pièce reproduite. De nombreux supports multimédias permettent de mieux comprendre pourquoi et comment une structure est constituée. Ainsi, le visiteur peut grossir des morceaux de façade, ou encore, par un subtil jeu de lumière imaginer le portail d’une cathédrale gothique dans ses couleurs initiales, et selon les heures de la journée. Plusieurs designers ont été appelés pour introduire quelques traits contemporains dans les salles les plus traditionnelles. Enfin, plusieurs espaces de jeux sont mis à la disposition des enfants. A l’aide de mécanos, ils pourront reproduire certains grands monuments nationaux, pendant que leurs parents continueront à visiter les collections.

La Cité est aussi un lieu de formation et de diffusion des savoirs, et contient la plus grande bibliothèque d’Europe sur l’architecture contemporaine. Au sein de la Cité certains cours sont publics et ouverts à tous. Pour en voir la liste, cliquez ici.

Composée de trois galeries complémentaires, la Cité de l’architecture et du patrimoine est un grand musée qui se veut totalement dédié à la compréhension des richesses monumentales de la France. De la cafétéria aux aires de jeux, en passant par la librairie et la bibliothèque, tout y parle en mots clairs et sonores des beautés de notre pays.

Sa première grande expo temporaire était consacrée au grand fortificateur des villes et cités du XVII e, Sébastien Le Prestre de Vauban.

Deux ans après sa création, la Cité a rejoint le musée du quai Branly, le Palais de Tokyo, et le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris dans la Colline des musées.

Cité de l’architecture et du patrimoine, lun, mer, ven, 12h-20h, jeu, 12h-22h, sam&dim : 11h-19h, fermé le mar, 1, place du Trocadéro et du 11 novembre, Paris 16 e, 7 euros, TR : 5 euros, gratuit pour les -18 ans.

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Livre : No et moi, de Delphine de Vigan
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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