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Infiltration chez les Black Panthers dans le superbe « Judas and the Black Messiah »

Infiltration chez les Black Panthers dans le superbe « Judas and the Black Messiah »

04 mai 2021 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Remarqué aux Oscars 2021, le film de Shaka King Judas and the Black Messiah est d’ores et déjà disponible sur Canal+. Porté par un duo flamboyant, il raconte la fièvre des Black Panthers à la fin des années 1960, entre un violent désir de justice et un FBI sans pitié, au travers du charismatique Fred Hampton, leader du parti à Chicago. 

À la fin des années 1960, le FBI, avec à sa tête J. Edgar Hoover, a mis en place le fameux Cointelpro, un vaste programme de contre-espionnage qui vise à neutraliser les groupes politiques dérangeants et en premier lieu, les activistes afro-américains tels que les Blacks Panthers. William O’Neil fait partie de leurs informateurs. Arrêté pour avoir volé une voiture, il se voit proposer un marché : il ne paiera pas sa peine s’il s’infiltre au sein du Black Panther Party de Chicago et aide le bureau à obtenir des informations sur son leader Fred Hampton. Le deal est conclu, sans imaginer qu’il prendra fait et cause pour l’organisation. 

Incarné par le très doué Lakeith Stanfield, le jeune Bill embrasse la cause, nourri par un sentiment d’appartenance à un groupe qui lui donne aussi bien une raison d’être qu’une raison de mourir. Surtout, il trouve en Fred Hampton un mentor à la fougue contagieuse. Véritable visage du film et loin d’avoir volé son Oscar pour le rôle, Daniel Kaluuya donne à cet orateur et meneur né la rage et l’humanité dont il a manifestement fait preuve. Connu pour ses discours qui rallièrent à sa cause toutes les minorités de Chicago – à l’origine de la Rainbow Coalition – Fred Hampton, 21 ans au moment des faits, était un chef apprécié. 

Judas and the Black Messiah ne se veut en aucun cas être un biopic mais cherche plutôt à faire sentir l’ambiance d’une année 1969 aux tensions hautement inflammables entre forces de l’ordre et une génération de Noirs américains se battant pour les droits civiques. En approchant cet épisode précis, le film nous conduit au cœur d’un parti à son sommet, avec sa ferveur mais aussi toute l’animosité et la paranoïa qui va pousser ses membres à d’autant plus de violences. Il est question de sacrifice et de sang froid, Hampton est clair, c’est une révolution dans laquelle on met ses tripes. 

Vraie réflexion sur les rapports de force et la loyauté, le film réussit à traduire l’ambition du Black Panther Party en la cristallisant dans la relation entre Bill et Fred Hampton. Pas besoin d’en dire plus, c’est le messie trahi par Judas, deux figures qui ne sont rien l’un sans l’autre et qui, dans le même temps, construisent toute l’histoire. Pris dans cet étau entre ses convictions et les pressions du FBI, O’Neil se retrouve coincé dans sa position de traitre et fini par ne plus rien contrôler. La rage monte jusqu’aux désillusions et le tribut de la violence est de plus en plus dur à payer. Le désespoir d’une lutte qui fait terriblement écho aux vives tensions d’aujourd’hui. 

 

 

Judas and the Black Messiah de Shaka King, avec Lakeith Stanfield, Daniel Kaluuya et Jesse Plemons, 2020. 2h06. Disponible sur Canal+

 

Visuel : © Affiche du film

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Alice Martinot-Lagarde

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