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Festival international du film de La Rochelle: L’amour à 50 ans, l’amour à 15 ans

Festival international du film de La Rochelle: L’amour à 50 ans, l’amour à 15 ans

04 juillet 2017 | PAR Cedric Chaory

Jour 3 du Festival international du film de La Rochelle : Juliette Binoche roule des patins à qui mieux-mieux sans toutefois trouver l’amour. Sur la glace, Sarah, 15 ans, chausse les siens de patins en vue d’être une championne de France. Elle rêve aussi d’amour bien plus qu’une médaille d’or. Alfred H, lui, expose ses plus belles affiches dans l’élégante Tour de la Lanterne.

Il bruine sur La Rochelle et l’idée de faire la queue sous le crachin quai Cours des Dames calme le plus passionné des cinéphiles. Y vais / Y vais pas ? … Y VAIS. En ce début d’après-midi  c’est tout de même le nouveau Claire Denis qui est diffusé en avant-première: Un beau soleil intérieur qui fît l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs cannoise. Et à défaut de trouver les degrés dans le ciel rochelais, allons nous réchauffer sous le soleil de … Juliette Binoche. De tous les plans de ce film apaisé, la comédienne rayonne comme jamais dans une comédie sentimentale dépressive et discursive, analyse malicieuse et cruelle des affres amoureuses d’une quinquagénaire d’aujourd’hui. Fausse adaptation des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, revisité par Christine Angot qui co-signe le scénario avec Claire Denis, il est pourtant bien question dans ce film de fragments, ceux de la vie amoureuse totalement décousue d’Isabelle, divorcée, un enfant et qui cherche un amour. Un vrai et pas un de ces plans foireux qu’elle cumule : l’amant-goujat (joué par Xavier Beauvois, le one-shot ultra-complexe (Nicolas Duvauchelle), le galeriste pédant (Bruno Podalydès), l’intriguant (Alex Descas) ou le voisin courtois et évasif (Philippe Katerine). Tous ces hommes ne cherchent qu’une aventure sexuelle quand Isabelle attend l’amour avec un grand A.

Gros plans sur le radieux visage de Juliette Binoche qui trouve ici un de ses plus beaux rôles, truculence des dialogues terriblement contemporains dans leur cynisme, leur vacuité et leur hypocrisie. So 2017 !

Très séquencé, Un beau soleil intérieur enchaîne les relations foireuses d’Isabelle (et du coup les caméos) mais jamais ne les empile. Claire Denis, futée, joue divinement des transitions. Des scènes restent longtemps en tête : celle d’une danse de drague en discothèque provinciale et puis la scène finale où Gérard Depardieu, radiesthésiste qui sent l’escroc promet un avenir radieux à Isabelle. Aussi radieux qu’un beau soleil intérieur. Le face-à-face Binoche-Depardieu est anthologique. Eux qu’on pensait brouiller par des mots déplacés du grand Gégé font là de formidables retrouvailles.(sortie en salles le 27 septembre).

De la Tour de Lanterne, vestiges des fortifications médiévales qui protégeaient le port de La Rochelle s’échappent des cris d’effroi. Et pour cause Alfred Hitchcock y a élu domicile, tout au moins l’exposition des affiches originales de ses principaux films. Incontestablement ces derniers ont inspiré de très nombreux illustrateurs et ceci dans le monde entier. De styles très différents suivant les époques ou les cultures graphiques propres à chaque pays, les affiches de ces longs- métrages témoignent de l’imagination débordante du « Maître du suspens » dans le domaine de l’effroi et de l’érotisme ainsi que de son empreinte laissée à jamais dans l’inconscient du spectateur. Dans l’espace confiné du second étage de la tour trône une vingtaine de ce matériel publicitaire sur papier glacé appartenant au collectionneur Claude Bouniq, le tout sobrement et astucieusement mis en scène. Au sortir de l’expo vous vient l’irrépressible envie de revoir l’intégralité d’une filmographie 4 étoiles, ce qui tombe bien car le festival rochelais la programme cette année.

Excellente surprise que ce Kiss and Cry de Lila Pinel et Chloé Mahieu où l’on suit Sarah, 15 ans, qui reprend le patin de haut niveau au club de Colmar, sans trop savoir si elle le fait pour elle ou pour sa mère. Elle retrouve la rivalité entre filles, la tyrannie de l’entraineur, la violence de la compétition. Tandis que son corps est mis à l’épreuve de la glace, ses désirs adolescents la détournent de ses ambitions sportives.

Très joli portrait de l’adolescence d’aujourd’hui (décidément après celui des quinquas et leurs tourments amoureux de Claire Denis), Kiss and Cry, subtil saisissement de ce moment d’émancipation rageur de l’adolescence, possède le réalisme d’un documentaire à laquelle s’ajouterai la poésie d’une œuvre fictionnelle largement due à la candeur de ses interprètes, toutes amatrices et justes. La découverte des jeux amoureux à l’heure de Snapchat à de quoi décontenancer le futur-quadra que je suis tout comme la violence du beach drinking aux cris de « bois fils de pute, bois fils de pute », des règlements de compte à grand jets de « je te pisse sur tes fringues ! » mais au final c’est bien peu que ces bêtises adolescences face à l’horreur des adultes qui brisent ces gamines. Il y a cet entraîneur grande folle, ex-patineur à la carrière trop vite avortée qui n’a de cesse de martyriser ses « grosses vaches » de patineuses, ces parents qui rêvent leur fille en Katarina Witt et qu’importe l’enfance volée.

Mais au final c’est la jeunesse qui décidera de ce qu’elle doit faire de son destin. Kiss and Cry est cet espace où l’athlète, en compagnie de son entraineur, attend fébrilement ses notes passée l’épreuve. La patineuse doit-elle jubiler ou éclater en sanglots ? Doit-elle kiffer sa vie d’adolescente ou se résigner à enchaîner sans rechigner pirouettes et glissages pour remporter l’or ? À la toute fin du film, alors qu’on l’appelle pour exécuter son programme sur la patinoire francilienne pour les championnats de France, notre héroïne Sarah tranchera entre le kiss et le cry. Quel choix fera t-elle pour son destin ? Réponse dans les salles le 20 septembre prochain.

Cédric Chaory.

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