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Festival du cinéma israélien, « Pinhas (more than I deserve) », belle découverte

Festival du cinéma israélien, « Pinhas (more than I deserve) », belle découverte

26 mars 2022 | PAR Olivia Leboyer
Majestic Passy

Le jeune réalisateur israélien Pini Tavger livre un film au cordeau, juste et sobre, tiré de son court-métrage éponyme de 2010. Pinhas, 13 ans, vient d’emménager à Jérusalem avec sa mère Tamara, dans un tout petit logement à peine habitable. Ils viennent d’Ukraine, et l’intégration n’a rien d’évident. Comment construire des liens, envisager un avenir ?

Durant 1h28, le regard du spectateur est rivé à celui du jeune Pinhas (Micha Prudovsky), buté, triste ou brillant d’admiration. L’admiration qu’il éprouve soudain pour un voisin, très religieux, qui semble si humain : ne propose-t-il pas des cours gratuits aux adolescents pour les préparer à leur Bar-Mitzvah ? Surtout, il est le seul à le regarder, à lui parler avec bienveillance. A lui expliquer, aussi, la signification héroïque de son prénom. Le garçon s’applique à lire les versets et désire faire partie de cette communauté enveloppante.

La terrible actualité rend le film encore plus poignant. « – Ta mère et toi, vous êtes Russes ? » demande le voisin à Pinhas. « – Ukrainiens. » répond-il, et l’autre conclut immédiatement « – C’est la même chose. » A un autre moment, Tamara, la mère, regarde la mer et la compare à la mer Noire, là d’où elle vient. Très jolie, gracile et regard perdu, Tamara (Anna Dubrovitsky) boit trop et rencontre toujours des hommes qui ne la méritent pas.

Lorsque Shimon (Jacob Zada Daniel) vient donner des cours à Pinhas à domicile, Tamara se montre d’abord méfiante, distante. L’homme lui confie avoir, lui aussi, souffert de graves addictions. Peu à peu, ces deux êtres solitaires ressentent une attirance, qui n’échappe pas à Pinhas. Confusément, il ressent une double jalousie, qui s’adoucit à mesure que la relation s’épanouit. Le sous-titre du film, « more than I deserve », renvoie aux rêves que l’on se fixe, à l’estime de soi, que l’on conquiert ou que l’on perd. Une Bar-Mitzvah marque le passage à l’âge d’homme. Etre un Mensch, c’est assumer les responsabilités de ses actes.

C’est la même question qui court le long du court-métrage Quality Time de Omer Ben David : entre un père et son fils, le temps d’une nuit, la tension et les incompréhensions s’installent. L’un a des valeurs à transmettre, dont le second n’a que faire, préférant s’évader dans les drogues et un nihilisme bravache. Le face-à-face, jeux de regards qui ne cillent pas, distille une belle mélancolie.

Pinhas (more than I deserve), de Pini Tavger, 2021, 1h28, Israël, avec Anna Dubrovitsky, Jacob Zada Daniel, Micha Prudovsky. Festival du film israélien 2022 (compétition). Cinéma Majestic Passy, Paris XVIe.

visuels: photo Olivia Leboyer©

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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