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« Dune » : Denis Villeneuve adapte en maître le chef-d’œuvre de science-fiction de Frank Herbert

« Dune » : Denis Villeneuve adapte en maître le chef-d’œuvre de science-fiction de Frank Herbert

15 septembre 2021 | PAR Alice Martinot-Lagarde

L’adaptation de Dune, mythique roman de science-fiction publié par Frank Herbert en 1965, débarque enfin au cinéma. Grosse promo, gros budget, grosses têtes d’affiche, le blockbuster de la rentrée promettait d’être extraordinaire et se révèle être bien à la hauteur des attentes. Véritable expérience cinématographique signée Denis Villeneuve, Dune est un film éblouissant à voir absolument sur grand écran. 

Un film de fan

En adaptant Dune, Denis Villeneuve réalise un rêve. Celui des fans qui attendent depuis trop longtemps de voir à l’écran un film à la hauteur du mythe, mais aussi le sien. À la fois fidèle à la richesse du roman et très bien pensé pour les nouveaux venus, ce chef-d’œuvre de cinéma est celui que seul un passionné aurait pu concevoir. S’agissant de plongée SF hors du commun, le réalisateur n’en est pas à son coup d’essai. Il avait déjà impressionné avec Blade Runner 2049, dont une partie de l’équipe technique l’accompagne également sur Dune, mais il franchit ici un niveau supérieur. Il crée un véritable bijou du genre, une expérience de cinéma à la fois spirituelle et sensorielle. S’il a évidemment été aidé du génie imaginatif de Frank Herbert, la reproduction à l’écran demeure pour le moins spectaculaire.  

Ce qui fait la réussite de ce premier opus est justement d’avoir choisi de séparer l’histoire en deux, en présentant d’abord une généreuse introduction à l’univers mais sans jamais que le spectateur ne s’en rende compte. On découvre ainsi les personnages, les planètes, les spécificités de ce monde bien loin du nôtre tout en restant dans l’intrigue, une manière d’en saisir facilement les enjeux et d’adhérer à un récit originalement plutôt complexe. 

Car Dune, c’est l’histoire de la maison des Atréides, un peuple gouverné par le Duc Leto (Oscar Isaac) et sa famille, Dame Jessica (Rebecca Ferguson) et leur fils héritier au trône, Paul (Timothée Chalamet). Alors qu’ils vivent sur Caladan, l’Empereur leur offre une autre planète comme nouveau fief, Arrakis, et leur ordonne de s’y installer. Entièrement recouverte de sable, elle est particulièrement difficile à exploiter. Sa principale richesse est l’épice, une sorte de drogue permettant d’accroitre les facultés mentales. La substance est terriblement convoitée mais encore faut-il être en capacité de l’extraire et de savoir vivre au cœur d’un désert particulièrement dangereux. Pour cela, les Atréides vont tenter de s’approcher des Fremen, peuple nomade vivant dans les dunes d’Arrakis, et solliciter leur aide. 

Une véritable expérience sensorielle 

Visuellement époustouflant, Dune réussit à transporter le spectateur dans une autre dimension. Denis Villeneuve choisit de placer l’univers de Frank Herbert dans un sensationnel brut et épuré. Décors, costumes, gestuelles… tout a été réfléchit dans les moindres détails afin de créer une harmonie visuelle absolument fascinante. Chaque plan est minutieusement chorégraphié, particulièrement les scènes de combat qui, grâce à une grande précision, se dessinent à l’écran d’une façon grandiose sans jamais tomber dans l’excès facile de la violence. 

Élément central, le sable constitue également un personnage à part entière, comme une masse d’un seul bloc, à la puissance perverse et démesurée, capable du pire pour qui oserait s’y aventurer. Le film travaille sur les sensations, on perçoit les grains glisser entre les doigts et les craquements sous les pieds. La lumière et les sons prennent au corps et viennent nourrir le souffle éminemment épique du film. C’est du reste le grand Hans Zimmer qui signe la bande originale avec des musiques aux accents mystiques et étranges qui décuplent l’intensité dramatique tout au long du récit. 

Des enjeux à l’écho plus qu’actuel

De plus, Denis Villeneuve réussit cette adaptation en amenant intelligemment les gros sujets du roman. Sur ce point, Frank Herbert était incontestablement précurseur. C’est d’ailleurs ce caractère intemporel qui a fait le succès de la saga et qui rend possible aujourd’hui un passage sur grand écran dans un telle dimension – casting de haut niveau, budget estimé à 165 millions de dollars et passage dans les plus chics festivals de la rentrée (la Mostra, Deauville…). Un demi-siècle après la publication de Dune, il était inévitable de faire résonner les enjeux écologiques, politiques et religieux du livre avec notre actualité. 

Et pour cause, impossible de passer à côté du plaidoyer environnemental de l’histoire : les personnages sont obligés s’adapter à un lieu de vie qui leur est hostile et n’ont d’autre choix que de se soumettre aux lois naturelles d’un territoire qu’ils doivent désormais considérer comme le leur. Là-bas, chaque goutte d’eau est précieuse, les vers de sable règnent en maître et l’exploitation des ressources est l’enjeu d’un avenir incertain. Impossible non plus de ne pas y voir une critique de la colonisation, représentée par la lutte des Fremen pour la survie de leur peuple sur une planète dont le potentiel économique intéresse tout le monde.

Enfin, si le récit original ne peut pas être considéré comme totalement féministe, le film, lui, affiche un regard qui magnifie tout particulièrement les personnages féminins. Guides et magiciennes, elles incarnent une dimension spirituelle et une forme de domination par l’esprit et le savoir capable de mettre à mal n’importe quelle force physique ou toute autre démonstration de virilisme. Centrale, Dame Jessica en est le meilleur exemple. À la fois mère et femme de rang, elle est surtout Bene Gesserit, sorte de sororité mystique aux capacités surhumaines exerçant une influence politique et religieuse. Une force de l’ombre très bien mise en lumière, notamment grâce au charisme de l’actrice Rebecca Ferguson. 

Dune raconte finalement l’histoire d’un empire en sursit, amer de son déclin mais résigné à changer pour regagner sa puissance et retrouver un lien à la terre au-delà des liens du sang. Rien de plus actuel donc que la recherche des racines et du pouvoir, nul doute que les enjeux parleront ainsi à tous. Spectaculaire mais surtout esthétiquement bluffant, le film saura en plus trouver son public dans les salles obscures, le grand écran apparaissant comme le seul médium pour profiter pleinement de cette véritablement expérience de cinéma. 

 

Dune de Denis Villeneuve, avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Zendaya, Oscar Isaac, Jason Momoa, Stellan Skarsgård, Josh Brolin. 2h36. En salles le 15 septembre 2021.  

 

Visuel © Image du film

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Alice Martinot-Lagarde

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