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[Critique] »Zaneta », beau film sur la situation des Roms en République tchèque

[Critique] »Zaneta », beau film sur la situation des Roms en République tchèque

05 mai 2015 | PAR Olivia Leboyer

Zaneta 1

Petr Vaclav livre avec Zaneta un film sobre et juste. Evitant tout pathos, le cinéaste s’attache aux pas de Zaneta, jeune femme luttant pour trouver une petite place dans une société tchèque qui rejette et ostracise les Roms. Remarqué l’an dernier à Cannes, section ACID, Zaneta sort le 6 mai sur les écrans.

[rating=4]

Le titre tchèque initial, Cesta Ven, signifie « La nuit approche », une image forte de crépuscule et d’urgence. Car Zaneta, pied à pied, lutte pour conquérir une toute petite place, pour exister. Le fait d’être rom et mère au foyer sans qualification la parque aux marges de la société. Tout au plus peut-elle espérer un emploi d’ouvrière aux côtés de jeunes femmes tchèques handicapées. Si Zaneta se bat, c’est pour sa fille, sa petite sœur encore lycéenne et son compagnon David, qui lui est au chômage. Doux, assez résigné, ce David est soudain tenté par les combines des amis de son frère, de petits mafieux pur jus. Mais pour Zaneta, tomber dans l’illégalité est inenvisageable. Dans le même immeuble habite une ancienne amie d’école, devenue prostituée. Zaneta la salue à peine et ne veut rien avoir de commun avec elle.

Visage concentré, regard farouche, la jeune femme tente de conserver quelque chose, une certaine dignité, un certaine confiance dans l’humanité. Evidemment, ce n’est pas aussi simple, et Petr Vaclav réussit à merveille à capter les instants où, chaque fois, les espoirs de Zaneta vacillent. Elle chute, puis se relève.

Tendu, nerveux, le film nous tient en haleine, tout au long de cette quête désolée et, presque, perdue d’avance. Entassés, parqués dans les mêmes zones sinistres, humiliés, les Roms doivent se contenter du peu de place que la société tchèque leur accorde. Un politicien tchèque bon teint, ouvertement raciste envers les Roms, est un client régulier de la jeune prostituée rom, qu’il désire et humilie en même temps.

Le père de Zaneta, formidable figure ogresque et alcoolisée, s’excuse auprès de sa fille, lors d’une très belle scène : il sait qu’il est out, qu’il ne peut rien faire pour l’aider, tout au plus lui rappeler un ou deux rêves de son enfance. Les phrases sonnent juste et le spectateur est pris d’émotion. Depuis la sortie du communisme, paradoxalement, la libéralisation de la société tchèque a accentué la misère et l’exclusion des Roms. Aucun sentimentalisme, mais des relations toujours compliquées par le manque de place et de perspective…

Les personnages n’ont rien de manichéen. Courageux ou abattus, honnêtes ou non, ils s’efforcent de survivre et de garder quelque chose en tête, une idée, sans cesse déçue, de ce que devrait être un homme. Et une société juste…

Zaneta, de Petr Vaclav, France-République tchèque, 1h43, avec Klaudia Dudova, David Istok, Milan Cifran, Maria Zajacova-Ferencova. Sortie le 6 mai 2015.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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