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[Critique] »Fou d’amour », dans la tête de Melvil Poupaud

[Critique] »Fou d’amour », dans la tête de Melvil Poupaud

15 septembre 2015 | PAR Olivia Leboyer

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Nous avions aimé le Jeanne Captive de Philippe Ramos, poétique et doux (voir notre critique). Avec Fou d’amour, le cinéaste travaille toujours à peindre les glissements vers le tragique. Ici, franc comique et folie meurtrière s’enchevêtrent plutôt joliment. Sortie le 16 septembre.

[rating=3]

Dès le générique, c’est la tête coupée de Melvil Poupaud qui s’adresse à nous, sanguinolente mais encore souriante. Car ce curé d’Uruffe ne comprend pas vraiment la gravité de son crime. D’emblée, il nous entortille de sa voix suave pour nous convaincre qu’il est avant tout une victime de l’amour.

D’amour, il sera assez peu question : plutôt de désir dévorant, démesuré, pour toutes ses jolies paroissiennes d’abord, pour les belles carrosseries des motos, pour le luxe, et puis pour une apparition. Plus jeune, plus belle, plus pure que les autres et, surtout, aveugle. Mais nous ne sommes pas dans la Symphonie Pastorale, où Michèle Morgan aveugle et Pierre Blanchard, curé, s’aimaient d’amour tendre. Ici, les sentiments du curé charrient bien des choses inavouables, et dont lui-même ne mesure pas la violence. Une tasse que l’on entrechoque un peu trop fort, une lueur bizarre dans le regard angélique, annoncent en douceur son basculement. Fou, il l’est assurément. Heureux comme un coq en pâte de régner sur le petit village, puis terrible quand sa domination est contrariée. Ce curé, tout benoîtement, se prend pour Dieu.

La peinture de la petite vie de village, avec une Dominique Blanc délicieuse en dame patronnesse aux désirs affirmés, est très bien rendue. L’hypocrisie des hommes d’Eglise également : Jean-François Stévenin et Jacques Bonnaffé rivalisent d’onctuosité. Si la partie ouvertement comique, farcesque, est réjouissante, elle accuse tout de même quelques longueurs. Au moment du drame, une succession d’images arrêtées. La plongée dans la folie ressort bien, comme une eau-forte. Car Philippe Ramos excelle à capter les lumières, les couleurs, menant son récit par petites touches de plus en plus sombres.

Fou d’amour, de Philippe Ramos, France, 1h47, avec Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel, Lise Lamétrie, Jean-François Stévenin, Jacques Bonnaffé. Sortie le 16 septembre 2015.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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