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[Critique] »Derrière le mur, la Californie », un film-documentaire très fort sur l’esprit du skate dans la jeunesse de RDA

[Critique] »Derrière le mur, la Californie », un film-documentaire très fort sur l’esprit du skate dans la jeunesse de RDA

24 août 2015 | PAR Olivia Leboyer

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Résolument étrange, ce film constitue un témoignage sur la jeunesse de l’ex-RDA. Sur un mode élégiaque, les témoignages recueillis portent sur un état d’esprit bien singulier : le monde du skate, avec ses figures libres, ses légendes et ses impasses. Un documentaire passionnant, à découvrir dès le 26 août.

[rating=4]

D’entrée de jeu, le film surprend. On s’attend à une plongée historique documentée et l’on se trouve dans le registre de l’intime. Ce Derrière le mur, la Californie est dédié à un mort, un certain Denis Paraceck (1970-2011). C’est son itinéraire, capté en images d’archives personnelles, que nous suivons. Le réalisateur, Marten Persiel, confie que le jeune homme, qui se fera appeler Panik, a bien existé, mais que son portrait condense en réalité les histoires de trois jeunes hommes. La liberté prise avec le matériau n’amoindrit en rien la force d’émotion du film. Pour un peu, on se croirait dans le récent While we’re young de Noah Baumbach, où le personnage joué par Adam Driver explique que la vérité est une essence que l’on dégage, quels que soient les artifices, « trucs » ou mensonges auxquels on recourt.

Car, ici, il s’agit de saisir l’esprit d’une époque : dans la RDA des années 1970 et 1980, la pratique du skate était vécue, par un petit groupe underground, puis plus étendu, comme un mode de vie alternatif, poétique. Glisser sur le béton d’Alexanderplatz comme sur les vagues d’Hawaï, avec une sensation de liberté et de vertige, pour se mesurer à un ennemi invisible mais bien présent : l’ordre, la discipline, l’embrigadement. Réussir des ollies, des sauts périlleux, ça n’a pas de sens, et c’est captivant. Dans cette quête effrénée de vitesse et de provocation, le jeune Panik, héros sauvage et tourmenté, se perdra en beauté.

Superbe, l’attitude des skateurs d’alors, Panik en tête, est faite de panache, d’arrogance et de blessures familiales. Les témoignages recueillis, livrés avec simplicité, la force des images d’archives, et les vignettes graphiques pleines de poésie donnent à ce film-document une vraie force d’évocation.

Derrière le mur, la Californie (This ain’t California), de Marten Persiel, film documentaire, Allemagne, 90 min. Sortie le 26 août 2015.

visuels : affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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