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[Critique] « Victoria », plongée en apnée dans un sublime plan-séquence de 2h14.

[Critique] « Victoria », plongée en apnée dans un sublime plan-séquence de 2h14.

30 juin 2015 | PAR Hugo Saadi

Auréolé du prix du public à Berlin, Sebastian Schipper livre avec Victoria une expérience cinématographique à vivre sur grand écran. Un portrait réaliste d’une jeunesse qui se réveille lorsque le jour se couche et savoure les excès de la drogue, de l’alcool et du monde de la nuit.

[rating=4]

Il y avait eu Birdman en début d’année, il y a désormais Victoria. Le plan-séquence revient à la charge avec cette fois-ci une unique prise de 2h14 sans aucun montage qui nous plonge dans la nuit berlinoise aux côtés d’un groupe de jeunes embarqués dans une sale affaire. « 5h42. Berlin. Sortie de boîte de nuit, Victoria, espagnole fraîchement débarquée, rencontre Sonne et son groupe de potes. Emportée par la fête et l’alcool, elle décide de les suivre dans leur virée nocturne. Elle réalise soudain que la soirée est en train de sérieusement déraper… ». L’intrigue, simple, n’a pas besoin d’être dévoilée davantage pour mettre en appétit. Victoria c’est avant tout une expérience cinématographique et une plongée en apnée dans un film surprenant et captivant.

Le générique de début donnait déjà le ton : écran noir, musique électro et des basses à fond dans les oreilles puis le film s’ouvre ensuite sur la transe d’une jeune fille. Il est 5h42 du matin et désormais la caméra de Sebastian Schipper se coupera à 7h56. Loin d’être un simple exercice de style, le plan-séquence du réalisateur allemand cherche à nous faire vivre au plus près les deux heures qui suivent la sortie de la boite de nuit aux côtés de Victoria (Laia Costa) et du groupe d’amis de Sonne (Frederick Lau). La caméra est au cœur des discussions et elle s’adapte aux différentes allures du long-métrage donnant un rythme varié. Le spectateur déambule lors de longues marches, s’envole sur un vélo et passe carrément la 5ème pendant les courses poursuites en voiture ou à pied. Victoria regorge de vitalité à l’image de la capitale allemande, connue pour son rayonnement des soirées électro jusqu’au petit matin.

Embarqué depuis plus d’une heure avec le groupe, le spectateur attend la descente aux enfers qui prend une tournure que l’on ne voit pas forcément arriver. Loin d’être parfait sur tous les points, le seul reproche possible au film serait cette mise sous pression qui s’éternise légèrement. L’impact tarde à arriver, mais une fois la grenade dégoupillée, le point de non retour est atteint et on s’embarque à bras le corps dans ce périple nocturne.

Malgré les répétitions nombreuses avant le tournage, les acteurs faisaient face à un numéro de haute voltige avec cette unique prise de 2h14. Multipliant les virées dans Berlin, le film aurait pu facilement tomber dans une overdose de démonstrations techniques, mais rien de tout cela grâce à des acteurs incroyables. La justesse dans leurs interprétations vient d’une improvisation omniprésente. La peur, le stress, l’adrénaline qui se dégagent de Victoria ne sont donc jamais simulés et c’est à un cocktail de plaisirs que le spectateur assiste. Et les deux ingrédients majeurs s’appellent Laia Costa et Fréderick Lau. Les deux jeunes acteurs sont énergiques et débitent les dialogues avec un naturel surprenant portant le film sur leurs épaules. Et quel film.

« Victoria », un film de Sebastian Schipper, avec Laia Costa, Frederick Lau, Franz Rogowski. Thriller allemand. 2H14. Sortie le 1 juillet 2015 au cinéma.

Visuels © Jour2fête / Version Originale / Condor

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