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[Critique] « Une Promesse » Patrice Leconte adapte Stefan Zweig pour une passion romanesque

[Critique] « Une Promesse » Patrice Leconte adapte Stefan Zweig pour une passion romanesque

20 avril 2014 | PAR Gilles Herail

Patrice Leconte est un des réalisateurs français les plus prolifiques avec François Ozon. Cherchant sans cesse à se renouveler dans une filmographie qui a traversé tous les genres et toutes les formes, alternant chefs- d’œuvre et navets, le réalisateur explore ici le romanesque et la passion absolue de deux êtres, qui ont promis de s’attendre.

[rating=3]

Synopsis officiel : Allemagne, 1912. Un jeune diplômé, d’origine modeste, devient le secrétaire particulier d’un homme âgé, patron d’une usine de sidérurgie. L’état de santé du patron se dégrade et lui impose de rester à domicile. Il y accueille le jeune homme pour travailler. L’épouse du patron est une femme de trente ans, belle et réservée. Le jeune homme s’éprend d’elle, sans oser révéler ses sentiments. Dans le huis-clos de la demeure, couve cette passion amoureuse, sans geste ni parole, tout en regards et en silences.

Une promesse appartient à la pure tradition du  mélodrame plutôt que du film à costume à la Orgueils et préjugés. L’époque et les enjeux sont différents. Leconte nous emmène dans l’Allemagne industrielle du début du siècle avec un jeune héros brillant, issu d’un milieu différent, cherchant la reconnaissance professionnelle et l’accès à un monde de raffinement et de pouvoir qu’il ne connait pas. Ce tourbillon de décisions, d’expansion le fascine et le fait immédiatement respecter ce patron d’usine incarné par Alan Rickman. La rencontre avec sa femme, interprétée par Rebecca Hall entraîne un changement de rythme, qui sera celui du film. L’attente, le frémissement, la frustration. Au sein d’un trio passionnel qui se jauge, se respecte, se jalouse, à travers des non-dits, des conventions et des sentiments qui n’ont pas le droit de s’exprimer.

Alan Rickman donne une extraordinaire complexité à son personnage d’homme malade, profondément amoureux de sa femme, de trente ans sa cadette. Admiratif et sincèrement impressionné par ce jeune homme ambitieux et vif auquel il s’identifie, il l’intègre progressivement dans sa vie familiale au sein d’une grande demeure bourgeoise et d’un train de vie monacal. On ne sait si le patron offre à sa femme la présence de ce jeune homme séduisant comme un gage de sa confiance, pour s’assurer qu’elle reste. Tout en étant profondément meurtri par la romance platonique cachée qui se dessine alors entre eux. Une promesse est donc l’histoire de cette romance. De cette promesse d’attendre, après un exil forcé au Mexique, pour pouvoir enfin se retrouver et s’aimer.

Pas de larmes, pas de sexe, pas de violons. Une promesse filme l’entre deux, en cherchant la sensualité dans des situations du quotidien, une odeur sur un piano, des mains qui se frôlent, des balades solitaires. Avec le risque de s’aliéner une partie des spectateurs venus chercher un mélodrame plus ostentatoire. Avec le risque de parfois perdre le rythme. Leconte tient sa barque comme il le peut, malgré des tremblotements de caméra que l’on ne comprend pas toujours, soutenu par les très beaux thèmes musicaux qui donnent au film son étrangeté. Pas un coup de maître mais une œuvre personnelle avec une certaine force.

Gilles Hérail

Une promesse, un mélodrame de Patrice Leconte avec Alan Rickman, Rebecca Hall et Richard Madden, durée 1H38, sortie le 16 avril 2014

 

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