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[Critique] « Une nouvelle amie » de François Ozon : tuer le père

[Critique] « Une nouvelle amie » de François Ozon : tuer le père

05 novembre 2014 | PAR Megane Mahieu

Le nouveau film de François Ozon (Huit Femmes, Swimming Pool, Jeune et Jolie) nous plonge dans le deuil et le travestissement. Un conte lisse et à la lisière du trangressif où plane le fantôme d’Hitchcock (Vertigo, Rebecca). 

[rating=2]

Sur le papier, le film de François Ozon a tout pour plaire. Pour son sujet, pour son érotisme mortifère où les identités se troublent, et même, si l’on regarde le film sous le prisme du politique, pour son pied-de-nez à la théorie du genre et aux multiples manifestations infectes qui ont eu lieu récemment en France.
Pourtant, en application, François Ozon peine à aller-au delà des apparences et fait d’Une nouvelle amie un drôle d’objet filmique où le traitement seul est plus trouble que le thème abordé.

Cela était frappant avec son précédent film, Jeune et Jolie François Ozon qui dit vouloir esquisser à chaque film une définition du féminin, ne semble que savoir filmer les femmes que sous le sceau du fantasme, voire du fantasmatique. Femme-poupée, femme-enfant, femme en devenir, Une nouvelle amie conjugue à un panel de représentations de la figure féminine une esthétique lisse qui annihile toute sensualité. Pourtant, le film se présente sur certains aspects comme ll’éveil charnel de son personnage principal, Claire (Anaïs Demoustier) qui doit surmonter le deuil de sa meilleure amie Laura (Isild Le Besco) et trouve en le mari de la défunte (Romain Duris), un réconfort inédit et stimulant. Point question d’infidélité ici, mais de se reconnecter avec une figure tutélaire et aimée, Laura, quels qu’en soient les moyens et les déguisements. N’est-ce pas étrange que de marcher côte à côte d’un personnage, en l’occurrence Claire, mais de n’être jamais réellement transporté par ses émois? Là où François Ozon nous voudrait certainement excités, même de manière perverse lorsque l’on habille le corps de la défunte dans une séquence où surgit l’un des leitmotiv du cinéma d’Almodovar, il ne fait que titiller une autre partie de notre corps : c’est le triomphe du cerveau sur le sexe.

Pourtant nous voudrions nous échapper, être transportés par ces troubles identitaires et sexuels. Les seuls moments où Ozon ne calcule plus et semble lâcher prise, ce sont les séquences de fêtes, les plus réussies. Les corps dansants, transpirants, libérés de toute entrave sont enfin une fenêtre vers la chair et vers les émotions. Lorsque Claire et David/Virginia assistent à un numéro de cabaret drag queen où un standard de la variété française vient résonner en eux, donner des mots à leur histoire singulière, le mascara coule et (presque) le nôtre aussi.  Ce moment de pure émotion viendrait presque effacer de notre mémoire le fastidieux prologue du film où, en un tourbillon d’images, Claire se souvient des moments passés avec Laura. Cette valse de la réminiscence, digne d’un téléfilm, emprunte à l’esthétique du conte de fée tout comme le film dans son ensemble distille un onirisme étrange (une banlieue chic non identifiable très Desperate Housewives, Laura rappelant Blanche Neige ou La Belle au Bois Dormant).

Que veux nous dire, et avant tout nous montrer le cinéaste? Les explorations de diverses tendances, très stimulantes cinématographiquement parlant (le saphisme, le travestissement, et même la nécrophilie) en appelleraient à un cinéma des sensations. Or, cela a souvent été le cas dans le cinéma d’Ozon, les pulsions qui habitent le cinéaste et in extenso le personnage ne font que nous frôler. L’orchestration d’Ozon est objectivement parfaite, sur-maîtrisée, les acteurs jouent à merveille leur partition, si bien que les affects en pâtissent. Sur la question transgenre, là où la fulgurance de Laurence Anyways (Xavier Dolan), ses maladresses même, nous a pris au corps, Une nouvelle amie  reste lisse. La vitesse de la découverte de cette « nouvelle amie » évince rapidement les problématiques de la métamorphose. Certes, c’est un parti-pris que de pas vouloir s’attarder sur le processus, mais c’est risquer là la sècheresse émotive. Et c’est chose faite : rien de transcendant ici. Vouloir faire du transgenre une norme, comme le démontre la séquence finale, serait une attention absolument louable. Non à la « vraie » famille nucléaire, et puis qu’est-ce que la normalité si l’amour et l’harmonie triomphent ! Et pourtant, tout le discours pseudo-transgressif qui sous-tend le film annule cette idée même. Alors, si Une nouvelle amie ne manque pas d’idées, il manque d’audace.

Visuel : ©Mars Distribution

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Megane Mahieu

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