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[Critique] « The Program » de Stephen Frears. Satire implacable de l’arnaque Lance Amstrong

[Critique] « The Program » de Stephen Frears. Satire implacable de l’arnaque Lance Amstrong

19 septembre 2015 | PAR Gilles Herail

Stephen Frears peut compter sur un excellent Ben Foster pour tirer le meilleur d’un scénario qui décortique le tentaculaire système de triche mis en place par Lance Amstrong. The Program est un thriller sportif frôlant la satire, sans les nuances du bouleversant Philomena, mais avec un vrai point de vue à défendre. Un film à charge qui ne cherche pas à excuser l’athlète et s’intéresse au contraire à la société de connivence, d’impunité et de d’arrivisme forcené qu’il incarne. Méchant et glaçant.

[rating=4]

Synopsis officiel : Découvrez toute la vérité sur le plus grand scandale de l’Histoire du sport : le démantèlement du programme de dopage qui a fait de Lance Armstrong une légende. De la gloire à l’humiliation, The Program retrace le parcours de la star du Tour de France. Véritable thriller, le film nous plonge au cœur de la folle enquête qui a conduit à sa chute.

Stephen Frears revient avec un sujet très éloigné de son bouleversant Philomena, qui faisait partie des films les plus attachants de l’année dernière. On retrouve dans The Program un même regard acide et cinglant, l’émotion et la tendresse en moins. Le réalisateur anglais esquive le biopic sur la figure de Lance Amstrong, son cancer, sa gloire et sa chute. Les grandes étapes sont bien présentes mais les ellipses, nombreuses, car l’enjeu est autre. Le scénario refuse à tout prix le psychologisant et n’essaie pas de comprendre les fêlures du monsieur. Stephen Frears fait preuve de peu d’empathie pour le parcours de l’athlète et veut au contraire s’attaquer à ce que son système de triche à grande échelle révèle. Sur l’envers du décor du monde sportif bien sûr mais aussi sur le travail des médias, la passion des success-stories à l’américaine, l’ambition et l’arrivisme démesurés qui légitiment l’utilisation de tous les moyens, y compris les plus contestables.

Le film ne s’appelle pas « Lance Amstrong » car le coureur américain n’est un symptôme, génialement interprété par Ben Foster. Un personnage cartoonesque que Stephen Frears s’amuse d’ailleurs à rendre plus pathétique que tragique, ridicule qu’émouvant. Un exemple parmi d’autres d’un système de triche auquel il avait réussi à donner une ampleur inégalée. En s’associant avec les bonnes personnes et en organisant un programme d’une efficacité redoutable, où le dopage s’effectue matin, midi et soir. Avec des chances minimes de se voir contrôlé positif. Au delà de l’utilisation forcenée de produits prohibés, The Program montre bien comment l’histoire personnelle du cycliste a joué en sa faveur. Rescapé d’un cancer aux testicules, revenant sur les routes après l’affaire Festina. Et formant donc un vainqueur idéal pour les médias et l’union cycliste internationale. Une success-story à l’américaine, la victoire d’un homme sur la maladie, le triomphe de la volonté sur l’adversité. Le programme est alors inarrêtable avec de gigantesques moyens médiatiques et financiers, des coéquipiers entièrement dévoués à sa victoire, et des produits dopants qui coulent à flots.

Quand la marque Lance Amstrong devient quasi religieuse, l’accusation de dopage devient blasphème. Les langues se lient, les coureurs se taisent, les journalistes s’effacent. Stephen Frears a choisi d’ajouter une touche de satire dans son thriller pour accentuer le ridicule de cette situation. Un homme plongé dans un sentiment de toute puissance et de profonde impunité. Qui se permet de menacer des gens en pleine course. Ment en permanence avec autant de conviction que Jérome Cahuzac. Et écrase tous ceux qui pourraient mettre un terme à sa légende. Lance Amstrong est réduit à une ambition démesurée, un cynisme absolu, un manipulateur forcené prêt à tout pour arriver à ses fins. Protégé par un système connivent qui le lâchera aussi tôt que les preuves de dopage auront été apportées. The Program ne va pas dans la nuance, ne réussit pas toujours son portrait de Floyd Landis, perd en réalisme pour alimenter la satire. Et c’est ce point de vue assumé qui nous plait.  Stephen Frears a réalisé un pamphlet implacable et méchant sur l’une des arnaques sportives et médiatiques les plus flagrantes des dernières années.

Gilles Hérail

The Program, un thriller sportif de Stephen Frears avec Ben Foster et Chriss O’Dowd, durée 1H43, sortie le 16/09/2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films

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