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« The Little Hours » : « sexe, drogue et rock’n roll » au Moyen Âge [Critique]

« The Little Hours » : « sexe, drogue et rock’n roll » au Moyen Âge [Critique]

20 septembre 2017 | PAR Simon Théodore

Après Life After Beth (2014) et Joshy (2017), le réalisateur américain Jeff Baena présentait, dans le cadre de la dixième édition du Festival Européen du Fantastique de Strasbourg, son dernier film The Little Hours. Engagée dans la compétition crossover, cette réalisation s’avère être une belle comédie transportant dans un Moyen Âge méconnu.

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L’histoire se déroule dans une Italie imaginaire du milieu du XIVème siècle. Interprété par Dave Franco, jeune frère de James Franco, un serviteur se retrouve en fuite après fauté avec la femme de son maître. Tombant nez à nez sur un prêtre ivre dans la forêt, il trouve une échappatoire dans son couvent de bonnes sœurs. Seule condition de sa survie, il devra se faire passer pour un sourd-muet. Ce jeune héros, aux allures de tombeur, se rendra vite compte que ces religieuses ne sont pas aussi chastes et pieuses que dans les images que l’Histoire nous a transmises. Entre sexe et sorcellerie, son refuge ne sera pas de tout repos…

Cette comédie extravagante laisse transparaître une autre facette de l’histoire religieuse du Moyen Âge. À travers des situations comiques, on découvre les mauvaises mœurs du clergé, résultat d’une foi et d’une pratique douteuse de la religion. Ces nonnes ne sont pas forcément au couvent par conviction et ressentent des pulsions sexuelles et hérétiques qui provoquent des instants hilarants, tant les situations engendrées sont surréalistes. Comment ces bonnes sœurs peuvent-elles dialoguer avec un faux sourd-muet ? Comment le protagoniste, pas plus croyant que le père qui l’a recueilli, va faire pour se sortir des nombreuses avances sexuelles ? Sans jamais tomber dans de la vulgarité gratuite, toutes ces scènes fournissent des éclats de rire et applaudissements de la part des spectateurs.

Si le début du film est un peu lent, la première confession du jeune Massetto avec le père Tommasso (John C. Reilly), lors de son entrée au couvent, marque le coup d’envoi d’un film rythmé, drôle et rocambolesque. Néanmoins, derrière le registre de la comédie, le réalisateur a aussi voulu interroger les questions de la sexualité et de la foi dans les ordres à l’époque médiévale. Cette idée lui a été probablement inspirée par son parcours à l’université, durant lequel il a pu étudier le Moyen Âge. Ce film apparaît aussi comme une adaptation très libre du Décaméron de Boccace. À travers ces thèmes pertinents, brisant les stéréotypes que l’on porte sur cette période, ce projet est réussi, tant par la mise en scène que par le jeu des acteurs. De la bonne sœur à l’évêque, tous les membres du clergé sont soumis à la caricature et à la dérision. « Est-il grave d’abuser du vin de messe s’il est béni ? » demande, par exemple, le père à son nouvel invité. L’efficacité comique est alors renforcée, en même temps que la réflexion sur les mœurs d’une époque sombre.

En somme, The Little Hours est une belle comédie. Efficace, doté d’une grande folie, et hilarant à certains moments, ce film nous renvoie dans un autre Moyen Âge, moins exploité que celui du temps des barbares et des chevaliers.

The Little Hours. Comédie de Jeef Baena. Avec John C. Reilly, Alison Brie, Dave Franco, Aubrey Plaza. Durée : 1h30.

Visuel : (c) Affiche officielle du film.

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Simon Théodore

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