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[Critique] « Prince of Texas » : Jolie chronique douce-amère en terre brûlée

[Critique] « Prince of Texas » : Jolie chronique douce-amère en terre brûlée

30 octobre 2013 | PAR Gilles Herail

Surprenante, cette chronique douce-amère nous emporte dans des paysages forestiers du Texas auprès de deux personnages qui vont apprendre à se connaitre. Contemplatif sans être prétentieux, drôle, touchant et bien moins insignifiant que prévu, ce Prince of Texas est une très bonne surprise.

[rating=5]

Le réalisateur David Gordon Green a eu une carrière pour le moins éclectique, voire improbable. Commençant par l’indépendant contemplatif pour finir avec le comique déjanté (Délire Express). On revient ici à un tempo plus posé. Un cinéma qui prend son temps, ose les silences, les paysages et la répétition du train-train et des gestes du quotidien. Un quotidien pas banal puisqu’il nous emmène en compagnie de deux personnages passionnants qui peignent méthodiquement les lignes jaunes au sol sur une petite route un peu paumée de la campagne texane.

Deux personnages masculins qui sous leur apparente banalité ne vont pas cesser de surprendre. L’un, incarné par Paul Rudd, est un sérieux, habitué à la solitude et bloqué dans ses carcans et ses réflexes de vieux garçon à l’ancienne sorti d’un camp scout (on pense d’ailleurs au personnage d’Edward Norton dans Moonrise Kingdom). Emile Hirsch interprète lui un jeune mal dégrossi, pas brillant, qui ne rêve que d’une chose : rentrer en ville le week-end et tirer son coup. Bien évidemment, leur relation d’abord teintée de mépris et d’indifférence réciproque va évoluer vers le conflit et une forme d’amitié jamais artificielle. Si les qualités du film reposent surtout sur l’humanité des personnages, l’humour et la complicité des deux excellents acteurs principaux, le réalisateur ne se limite pas à une simple chronique bucolique sympatoche. Loin de là.

Car les protagonistes se révèlent un peu plus complexes que prévus. Mais surtout car David Gordon Green distille un lyrisme et une présence de la nature comme un véritable personnage qui fait souvent mouche, notamment grâce à une très belle bande son. Si les plans contemplatifs sur la forêt qui se relève après l’incendie pourront ennuyer certains, ils correspondent parfaitement à l’atmosphère brouillée mais entêtante d’un film plus intelligent qu’il n’y parait. A demi-mot, nous est évoqué le contexte d’une région à reconstruire après avoir été ravagée par les flammes. Des maisons perdues, en ruine, où l’on cherche à retrouver quelques parcelles de souvenir parmi les décombres. Un monde où la nature et l’isolement sont une solution à court terme pour fuir ses problèmes. Rien de révolutionnaire mais un moment agréable, qui n’appuie pas ses métaphores et emporte le spectateur dans une chronique à la musique singulière. Une bonne surprise.

Gilles Hérail

Prince Avalanche, une comédie dramatique de David Gordon Green avec Paul Rudd et Emile Hirsch, durée 1h34, sortie le 30 octobre 2013
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Gilles Herail

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