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[Critique] « Papa Lumière », Niels Arestrup dans un film touchant sur l’exil

[Critique] « Papa Lumière », Niels Arestrup dans un film touchant sur l’exil

20 juillet 2015 | PAR Olivia Leboyer

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Ada Loueilh livre un premier film brut et sensible sur les rapatriés de Côte d’Ivoire. Niels Arestrup et la jeune Julia Coma forment un duo père-fille très émouvant. Sortie le 29 juillet.

[rating=3]

Sur l’affiche, Niels Arestrup, habillé en péquenaud, fait le promeneur de chiens. A Abidjan, ce Jacques Tabard portait un costume clair et possédait un bel hôtel. Rapatrié en urgence, avec sa fille ivoirienne de quatorze ans, il doit se réadapter à la France et à ce brusque changement de standing. Pour cet homme fier et ombrageux, la situation n’a rien d’évident.

Fuyant le regard de sa fille (Julia Coma), replié comme un ours blessé, il parle sans ménagement. Exprès, pour éviter l’apitoiement, ou parce qu’il ne sait plus faire autrement. Entre le père et sa fille, un fantôme tient une place écrasante : la mère, laissée derrière eux à Abidjan et dont Safi est sans nouvelles depuis. Jacques Tabard se laisse d’abord glisser dans l’alcool et le flot d’insultes, contre son ex-femme, qui se prostituait, contre sa fille, contre la société et, surtout, contre lui-même. Que lui reste-t-il ? Quelques dizaines d’euros en échange des liasses de monnaie ivoirienne et, sur le plan de la dignité, plus rien à casser. Tout en colère rentrée et tristesse tenace, Safi se réfugie dans des croyances vaudoues et autres petits arrangements avec la réalité. Pourtant, bon an mal an, la fille et le père cohabitent dans un petit foyer d’hébergement niçois. Autour des deux protagonistes, Natacha Lindinger et Bruno Todeschini forment un autre duo de guingois : en quelques scènes, leurs personnages évoquent la détresse de l’arrachement à une terre aimée.

Avec ce premier film, Ada Loueilh nous touche en ranimant la déchirure du rapatriement. Face à un Niels Arestrup toujours impressionnant, la jeune Julia Coma impose une belle présence, mystérieuse et intense.

Papa Lumière, d’Ada Loueilh, France, 1h24, avec Niels Arestrup, Julia Coma, Natacha Lindinger, Bruno Todeschini, Venantino, Venantini. Sortie le 29 juillet 2015.

visuels: photo, affiche et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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