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[Critique] « Mon Roi » Maïwenn filme l’amour destructeur de Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot

[Critique] « Mon Roi » Maïwenn filme l’amour destructeur de Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot

24 octobre 2015 | PAR Gilles Herail

Mon Roi confirme les immenses qualités de réalisatrice de Maiwenn, qui nous offre un film intimiste sur une relation passionnelle destructrice. Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot sont parfaits, la question du harcèlement psychologique au sein du couple brillamment traitée. On regrette simplement un propos moins riche et moins ambitieux que Polisse qui reste l’un des grands chocs cinématographiques de ces dernières années.

[rating=3]

Extrait du synopsis officiel: Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? 

Mon Roi nous raconte une histoire d’amour destructeur, de la rencontre jusqu’à la chute. La relation passionnelle et manipulatrice entre un ogre flamboyant (Vincent Cassel) et une femme charmée qui va tomber sous son emprise (Emmanuelle Bercot). La thématique est classique et les enjeux moins exacerbés que dans Polisse, mais Maïwenn arrive une nouvelle fois à installer un dispositif qu’elle est la seule à maitriser. Sa mise en scène est encore plus fluide, ses acteurs toujours plus naturels. Et plusieurs scènes relèvent du petit miracle, touchant au plus près de ce qu’est le sentiment amoureux, dans toutes ses contradictions. Maïwenn sait mieux que quiconque filmer la rupture au sein d’une même scène. Quand le rire devient jaune et passe à l’explosion de tristesse. Quand la tendresse câline se transforme en colère incontrôlable.

En suivant un égocentrique flamboyant à la limite de la bipolarité, Maïwenn tient un personnage à la fois fascinant et répugnant, brillamment interprété par Vincent Cassel. Emmanuelle Bercot n’est pas en reste, méritant amplement son prix d’interprétation au dernier festival de Cannes. Loin d’être bouffée par la présence magnétique de Cassel, l’actrice donne beaucoup de corps à sa prestation. Nous permettant de comprendre comme une femme a pu, pendant si longtemps, rester sous le joug d’un amant toxique. Qui va l’enfermer dans une existence entièrement vouée à l’attendre et à accepter ses sautes d’humeur permanentes. Venant implorer son pardon après l’avoir traitée comme une moins que rien, grattant à sa porte en promettant de changer avant de retomber dans ses excès.

Maïwenn traite assez brillamment un sujet très intime: le harcèlement psychologique au sein du couple. En insistant sur la difficulté de faire son deuil amoureux et de se libérer de la relation de dépendance qui s’est installée. Le sujet est assez fort pour maintenir une véritable tension, sans égaler la richesse thématique de Polisse, qui abordait une multitude de questions sous-jacentes, tous passionnantes. En se focalisant sur deux personnages principaux, Maïwenn perd en effet une de ses principales forces: filmer le groupe, les discussions enflammées, le mouvement et l’énergie collective.  Des qualités que l’on retrouve avec bonheur lors des scènes faussement secondaires se déroulant dans le centre de rééducation, où l’héroïne se lie d’amitié avec une bande de jeunes. Mon roi confirme que Maïwenn est l’une des cinéastes les plus puissantes du cinéma français contemporain. On espère cependant la retrouver dans un projet moins autocentré, retrouvant un œil plus sociologique qui s’accorde parfaitement avec son talent inné de capter l’émotion du réel. 

Gilles Hérail

Un Français, un drame français de Maïwenn avec Vincent Cassel  et Emmanuelle Bercot, durée 2h04, sortie en salles le 21 octobre 2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
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