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[Critique] « Marguerite », Giannoli offre un magnifique rôle à Catherine Frot

[Critique] « Marguerite », Giannoli offre un magnifique rôle à Catherine Frot

24 juillet 2015 | PAR Yaël Hirsch

Marguerite de Xavier Giannoli est l’un des films très attendus de la rentrée. D’autant plus qu’on se demande pourquoi il n’était pas à Cannes… Plongée en costumes dans l’électricité d’une femme riche qui se voudrait diva, ce film plein de tendresse est un hymne à la créativité.

[rating=4]

Paris, années 1920. Deux jeunes journalistes et artistes férus d’avant-garde (Sylvain Dieuaide, Aubert Fenoy) s’incrustent  au récital privé de la diva et mécène Marguerite Dumont (Catherine Frot, dans l’un de ses plus beaux rôles).  C’est la jeune et talentueuse Hazel (Christa Théret, toujours parfaite) qui assure, pour la première fois, la première partie. Quand, plumes et voiles dehors Marguerite entre en scène, c’est tout simplement un massacre. Elle chante si faux que les jeunes hésitent entre rire et l’admirer comme une sorte de révolutionnaire. Généreuse, passionnée par le chant, Marguerite ne sait pas qu’elle sonne comme une casserole et autour d’elle tout le monde la maintient dans l’illusion son fidèle valet, Mandelbos (Denis Mpunga) en tête. Mais est-ce la respecter ou la flouer que de la laisser se produire ainsi ?

Avec toujours l’angle de la tendresse derrière le show, Xavier Giannoli fait rayonner avec infinement de nuances et de générosité le magnifique personnage de Marguerite, offrant à une Catherine Frot toute en nuance une de ses plus belles partitions. Les costumes sont magnifiques, l’esprit du temps respecté, et Michel Fau en professeur éploré irrésistible. Certains verront comme bémol à cette fresque très attachante l’intriguant conservatisme politique du film : l’ingénieux valet noir très servile et très tendre, la diva riche épouse d’un époux désargenté, les femmes, mêmes jeunes dans l’ombres de leurs maris. Chez Giannoli, les coulisses de la cène sont toujours très humains, mais aussi très patriarcaux. Ça se passait probablement comme cela, mais la licence cinématique aurait peut-être pu laisser un peu plus de place aux questions que les surréalistes et les féministes de l’époque pouvaient soulever. A part ce léger point politique, le film est original, touchant, magnifiquement porté par des plans presque théâtraux et l’on serait bien bête de bouder son plaisir….

Marguerite, de Xavier Giannoli, avec Catherine Frot, Christa Théret, André Marcon, Denis Mpunga, Michel fau, Sylvain Dieuaide, Aubert Fenoy, France, 2h07, memento films, sortie le 16 septembre 2015.

visuels : photos officielles du film.

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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