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[Critique] « Lovelace », un biopic décevant

[Critique] « Lovelace », un biopic décevant

06 janvier 2014 | PAR Olivia Leboyer

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L’adorable ingénue Amanda Seyfried incarne ici Linda Lovelace, la star de Deep Throat (1972). Les acteurs ont beau être excellents, le film déçoit. Sortie le 8 janvier 2014.

[rating=2]

Le parcours de Linda Lovelace, propulsée star du porno après un film culte, était digne d’intérêt. Mais les réalisateurs ont choisi un mode de narration plutôt naïf : une première partie centrée sur l’image publique, où nous assistons à l’ascension de Linda vers le succès et la liberté sexuelle affirmée, et une seconde partie où nous voyons l’envers du décor : la descente aux enfers de cette jeune fille fragile, sous la coupe d’un maquereau séduisant et sans scrupule. De fait, au début des années 1970, Linda Lovelace s’est imposée avant tout pour son discours décomplexé sur le sexe. Dans les médias, elle assurait bravement qu’elle avait opté pour ce métier par plaisir et par goût de la liberté. Bien des années plus tard, elle sortait son autobiographie, au ton très différent. Elle relatait la violence, les coups portés par son ex-mari et manager Chuck Traynor (Peter Sarsgaard), la peur, et la chute aliénante dans l’alcool et la drogue.

Le film conserve cette structure en diptyque, sans la questionner. Nous assistons donc à une assez pénible première partie enjouée et pailletée à souhait, puis à une plongée sordide dans un quotidien transpirant la peur et la soumission forcée. Avec l’inévitable dernière séquence « histoire vraie, que sont-ils devenus », où l’on nous rappelle le destin et les dates de mort de chacun des protagonistes. Lovelace se présente comme un film édifiant, presque un film de prévention. Très démonstratif, le film ne laisse pas place aux ambiguïtés, et peine à restituer l’atmosphère trouble et planante de ces singulières années 1970. A noter : l’apparition de James Franco en Hugh Hefner, regards égrillards en coin et veste-peignoir de rigueur, et Chloë Sevigny créditée au générique pour deux phrases. Quant à Sharon Stone en mère rigide, chacun en pensera ce qu’il voudra. En revanche, Amanda Seyfried parvient à communiquer une émotion : toute fraîche, désarmante, avec ses micro-shorts, ses tuniques fleuries et son air candide, elle est parfaite. Et Peter Sarsgaard impressionne en pervers manipulateur, odieux et néanmoins attirant. Si vous aimez cet acteur, vous pourrez bientôt le voir dans le superbe film de Kelly Reichardt, Night Moves (Grand Prix à Deauville 2013).

Et si la vie de Linda Lovelace vous intéresse, nous vous recommandons plutôt l’excellente BD de Nine Antico, Coney Island Baby (titre d’une chanson de Lou Reed, éditions L’Association, 2010), nettement plus troublante.

Lovelace, de Rop Epstein & Jeffrey Friedman, Etats-Unis, 1h33, avec Amanda Seyfried, Peter Sarsgaard, Sharon Stone, James Franco, Juno Temple, Chloë Sevigny, Chris Noth, Adam Brody. Sortie le 8 janvier 2014.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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