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[Critique] « L’institutrice » : Nadav Lapid filme un abus de génie avec angoisse et poésie

[Critique] « L’institutrice » : Nadav Lapid filme un abus de génie avec angoisse et poésie

30 juillet 2014 | PAR Yaël Hirsch

Cet été, le réalisateur du policier faisait partie des 8 réalisateurs israéliens qui ont appelé à cesser le feu lors de l’attaque de Gaza. Cet automne, le réalisateur du très troublant Policier (voir notre critique) est de retour sur les écrans français avec un film à la fois poétique et grinçant sur le génie et son rapt. L’institutrice est un petit bijou amer qu’on avait déjà repéré en mai dernier, à la Semaine de la critique cannoise.

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Une institutrice d’une quarantaine d’années (Sarit Larry, fascinante) décèle chez l’un de ses élèves de 5 ans, Yoav (Avi Schnaidman) un talent puissant. Il déclame des vers de son propre cru, qui rappellent le cantique des cantiques et ont quelque chose de prophétique. Obsédée par ce don, elle se fait d’abord scripte des mots dont l’enfant est traversé, se met à son écoute, puis voyant que le père de celui qu’elle tient pour un génie ne s’intéresse qu’aux choses matérielles et refuse de voir que son fil a été appelé par l’art, elle est tentée de passer outre la morale et les conventions.

D’un rythme lent, presque menaçant, Nadav Lapid met lentement en scène l’histoire terrorisante d’un abus d’enfant. Filmé avec le même sens clinique de la lumière que Le Policier, déshabillant les psychologies des personnages pour mieux les masquer, L’institutrice est à la fois aussi magnifique que les poèmes incroyables débités par le petit garçon. Mais la perversité unique de la relation mise en scène met mal à l’aise. Quand on apprend que ce sont ses propres poèmes, écrits dans sa jeunesse, qu’il met dans la bouche de l’enfant, la gêne grandit et l’on ne sait pas très bien comment envisager l’oeuvre inquiétante, étrange et magnifique de Nadav Lapid. Alors on se laisse porter par ces deux personnages : un enfant qui échappe et une institutrice capable de perdre la raison sur l’autel de la beauté pour plonger dans des lacs de mystères quasi-religieux.

L’Institutrice (Haganenet) de Nadav Lapid, avec Sarit Larry, Avi Schnaidman, Lior Raz, Irsaël, 2014, 2h, haut et court. Sortie le 10 septembre 2014.

visuel : photo du film.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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