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[Critique] « La Isla Minima », polar ibérique glauque et passionnant

[Critique] « La Isla Minima », polar ibérique glauque et passionnant

12 juillet 2015 | PAR Hugo Saadi

Avec La Isla Minima, le réalisateur Alberto Rodriguez plonge le spectateur dans le Sud de l’Espagne des années post-franquiste dans un thriller glauque et enivrant. L’enquête menée par deux policiers spécialement dépêchés sur place réservera son lot de surprises et fera ressortir les secrets de la région.

 [rating=4]

Dans une sublime séquence d’ouverture, les paysages aériens de l’Andalousie se succèdent telles des photographies. Les ensembles marécageux posent le ton et les diverses branches des rivières forment des labyrinthes où l’esprit s’y perd. Cela sera le cas pour nos deux policiers arrivés sur place pour enquêter sur la disparition de deux jeunes sœurs lors d’une fête de village. Pendant tout le long métrage, le duo doit faire face aux secrets du passé et à une région hostile. Sur fond de grève sociale et au sous-texte de l’Espagne de Franco bien présents, Alberto Rodriguez installe une ambiance dark qui planera durant toute l’enquête. Il en profite également pour décrire la société gangrénée et les trafics de drogue qui y sont liés.

L’intrigue multiplie les suspects afin de brouiller les pistes des enquêteurs et du spectateur par la même occasion. Tentatives d’intimidation, interrogatoires musclés, assassinats, poursuites nocturnes : tous les ingrédients sont présents pour délivrer un polar bien rodé. Dans cette Andalousie où « n’importe où c’est mieux », les policiers se retrouvent en terre inconnue, âpre et hostile. La découverte dans les marais des corps mutilés accélère l’enquête. Les informations arrivent au compte goutte et imposent un rythme contemplatif agréable où les révélations intensifient la construction narrative. La tension est donc permanente, la menace omniprésente grâce à des dialogues percutants et une mise en scène bien travaillée qui utilise des angles de vues cassées.

Le réalisateur espagnol mélange les thèmes et s’appuie avec brio sur les décors naturels pour augmenter l’intensité. Le climat de la région, très changeant, devient un élément à part entière donnant des tonalités chaudes et arides à l’enquête ou inversement quand le ciel déverse des trombes d’eau, la tension n’en est que plus renforcée. Souvent aériens, les plans rafraîchissent l’esprit et déposent sur La Isla Minima des airs de True Detective. D’autant plus que le duo de flics que tout semble opposer est proche de celui composé de Matthew McConaughey et Woody Harrelson dans la première saison de HBO.

Dans La Isla Minima, Juan le plus âgé (Javier Gutiérrez) est petit, en chair, assez violent, l’autre, Pedro (Raul Arévalo), grand, élancé et plus calme. L’opposition se joue également de l’expérience des deux acolytes. L’un a de la bouteille et un passé plus sombre tandis que le second, le plus jeune, est doté d’une innocence des premiers jours. Chacun joue un rôle différent, mais la complémentarité est parfaite et l’osmose entre les deux, malmenée de temps en temps, se ressent à l’écran. Dans le rôle de Pedro, on retrouvera Raul Arévalo, que l’on avait pu découvrir en hôtesse de l’air fofolle chez Almodovar (Les Amants Passagers), est cette fois-ci totalement méconnaissable et envoûtant.

Ce très bon polar ibérique fait également penser à Mud de Jeff Nichols pour l’ambiance sauvage et naturelle, ainsi qu’à Seven de David Fincher pour l’enquête aux rebondissements morbides. Avec un duo d’acteurs au poil et une musique saisissante durant tout le récit, La Isla Minima vient marquer le cinéma espagnol. C’est déjà le cas avec le triomphe à la cérémonie des Goya, l’équivalent des César, le film étant reparti avec 10 prix dont ceux du meilleur film, réalisateur et acteur.

La Isla Minima, un film de Alberto Rodriguez, avec Raul Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre. Film policier espagnol. 1H44. Sortie le 15 juillet 2015.

Visuels © Warner Bros Pictures España

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