A l'affiche
[Critique] « Gemma Bovery » Fabrice Luchini dans une comédie ludique, sensuelle et littéraire

[Critique] « Gemma Bovery » Fabrice Luchini dans une comédie ludique, sensuelle et littéraire

13 septembre 2014 | PAR Gilles Herail

Gemma Bovery est une comédie mineure mais réussie, jouant astucieusement de ses références littéraires, sa représentation du désir et d’un réjouissant Fabrice Luchini.

[rating=3]

Synopsis officiel: Martin est un ex-bobo parisien reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d’un village normand. De ses ambitions de jeunesse, il lui reste une forte capacité d’imagination, et une passion toujours vive pour la grande littérature, celle de Gustave Flaubert en particulier. On devine son émoi lorsqu’un couple d’Anglais, aux noms étrangement familiers, vient s’installer dans une fermette du voisinage. Non seulement les nouveaux venus s’appellent Gemma et Charles Bovery, mais encore leurs comportements semblent être inspirés par les héros de Flaubert. Pour le créateur qui sommeille en Martin, l’occasion est trop belle de pétrir – outre sa farine quotidienne – le destin de personnages en chair et en os. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n’a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie…

Anne Fontaine a toujours su filmer les hommes, comme Nicole Garcia, s’intéressant à leurs émois et leurs turpitudes. Ses retrouvailles avec Luchini sont ici légères, festives, après une Fille de Monaco pas si frivole. On retrouve bien l’univers de la réalisatrice et ses thèmes fétiches comme la montée du désir, la représentation de la sensualité et des corps. Gemma Bovery nous rappelle aussi par moments Dans la maison de François Ozon, jouant une même partition ludique sur le trouble entre fantasme, fiction et réalité. Fabrice Luchini, toujours aussi bon, a réussi à créer un genre cinématographique à lui tout seul. L’acteur, pouvant compter sur un public fidèle, a désormais le luxe de tourner uniquement dans des films à son image. Après Alceste à Bicyclette et Molière, arrive donc tout naturellement cette histoire inspirée de la Bovary de Flaubert. L’amour de la littérature étant de nouveau prétexte à une comédie dialoguée, ciselée, aimant le verbe et les facéties Luchiniesques.

Gemma Bovery s’éloigne parfois de ces chemins agréables mais balisés, quand la jouissance verbeuse du clown et conteur Luchini doit se marier à l’attrait pour la perversion et la sexualité d’Anne Fontaine. Ce déséquilibre amène parfois des ruptures de ton assez brutales, quand la réalisatrice s’offre une scène de sexe inattendue ou adopte un regard cynique sur ses seconds rôles en poussant loin la caricature. C’est aussi le charme d’un film par ailleurs très classique, mais dont certaines séquences, entre-deux, génèrent un certain malaise. Anne Fontaine s’amuse à rendre incroyablement érotique chaque mouvement de Gemma Arterton, perçue par les yeux troublés de Luchini, qui interfère avec les événements pour assurer un meilleur destin à cette Emma moderne qui le fascine. Les belles scènes, plus intimes, où le Jimmy de Moriarty illustre la mélancolie de Gemma auraient du être plus nombreuses. Mais Gemma Bovery offre clairement ce que sa bande-annonce laissait entrevoir: un divertissement ludique, référencé, à la gloire de l’excellent Luchini.

Gilles Hérail 

Parce-que le cinéma français est en forme en ce moment, n’oubliez pas les très belles réussites de ces dernières semaines: Hippocrate avec Vincent Lacoste sur le monde de l’hôpital. Les Combattants, petit bijou d’énergie, d’audace et d’originalité. Et bien sur, Party Girl, le choc de la rentrée, incroyable et troublant portrait d’une femme de la nuit s’essayant à une vie normale, la cinquantaine passée.

Gemma Bovery, une comédie d’Anne Fontaine avec Fabrice Luchini et Gemma Arterton, durée 1H39 sortie le 10/09/14
[Critique] « Les Gens du Monde » : Plongée un peu complaisante au coeur de la rédaction du Monde
[Deauville] Palmarès: and the winner is… « Whiplash »
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture