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[Critique] « Everest » : asphyxiant film de montagne et de survie

[Critique] « Everest » : asphyxiant film de montagne et de survie

24 septembre 2015 | PAR Gilles Herail

Baltasar Kormákur signe un film de montagne asphyxiant à souhait. Trop de stars au casting (Jason Clarke, Josh Brolin, Robin Wright, Emily Watson, Michael Kelly, Keira Knightley, Sam Worthington, Jake Gyllenhaal), des personnages perdus en route et du mélo mal digéré. Mais des séquences de tension et de pure survie qui rappellent les grands moments de Gravity et Captain Phillips.

[rating=3]

Synopsis officiel : inspiré d’une désastreuse tentative d’ascension de la plus haute montagne du monde, Everest suit deux expéditions distinctes confrontées aux plus violentes tempêtes de neige que l’homme ait connues. Luttant contre l’extrême sévérité des éléments, le courage des grimpeurs est mis à l’épreuve par des obstacles toujours plus difficiles à surmonter alors que leur rêve de toute une vie se transforme en un combat acharné pour leur salut.

La montagne reste un des défis de la nature que l’homme n’a jamais réussi à complètement dompter. Au sommet de l’Everest, à 8848 mètres d’altitude, les machines sont impuissantes, les hélicoptères patinent et les grimpeurs se retrouvent face à eux mêmes. Baltasar Kormákur rend hommage aux grands sommets et aux alpinistes aventuriers avec un film de survie qui cherche le grand frisson. La 3D permet quelques jolis plans, accentue occasionnellement le vertige, mais l’émotion vient des visages rougis par le froid, des corps affaiblis qui peinent à se mouvoir, du sentiment d’impuissance face à une tempête qui peut à tout moment porter le coup fatal. Everest réussit une heure asphyxiante, où le spectateur est collé à son siège, suffoque avec les grimpeurs pris au piège, ressent dans sa chair leur inéluctable épuisement. Un cinéma de pures sensations, un film catastrophe à hauteur d’homme où la montagne devient un personnage à part entière.

Le reste du film déçoit malheureusement, en raison de maladresses d’écriture et d’une incapacité à développer des éléments de contexte pourtant passionnants. Le casting cinq étoiles nuit au film qui échoue à traiter équitablement tous les équipiers de cordée (Jake Gyllenhaal disparaît ainsi pendant près d’une heure sans autre explication). Les personnages féminins sont oubliés en route, notamment  Yasuko Namba qui hérite d’une ligne de dialogue en deux heures. Les sherpas sont réduits à un rôle de fidèle serviteur, leu condition sociale et les risques qu’ils encourent, à peine évoqués. Le script explore du bout des doigts la question de la marchandisation du grand frisson, la compétition économique entre les agences accompagnant les grimpeurs. Mais cet esprit critique est balayé d’un revers de main pour plonger dans le mélo lacrymal en s’attardant sur les visages embués des familles. Everest aurait pu être un chef d’oeuvre et les scènes d’ascension, d’effort et de survie le feront entrer facilement au panthéon des films de montagne. Les choix scénaristiques discutables et la faiblesse des éléments de contexte laisseront cependant un gout d’inachevé.

Gilles Hérail

Everest, un film américain de Baltasar Kormákur avec Jason Clarke, Jake Gyllenhaal et Josh Brolin, durée 2h02, sortie le 23/09/2015

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Gilles Herail

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