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[Critique] « Enfant 44 » Tom Hardy et Noomi Rapace traquent un serial-killer dans le climat paranoïaque de l’URSS stalinienne

[Critique] « Enfant 44 » Tom Hardy et Noomi Rapace traquent un serial-killer dans le climat paranoïaque de l’URSS stalinienne

18 avril 2015 | PAR Gilles Herail

Enfant 44 nous embarque dans une passionnante histoire mêlant le thriller politique paranoïaque au film de serial-killer. La mise en scène anodine ne transcende pas son intrigant sujet mais l’implication de Tom Hardy et Noomi Rapace donne au film l’intensité suffisante pour garder toute l’attention du spectateur, happé par un scénario d’une rare complexité.

[rating=3]

Synopsis officiel: Hiver 1952, Moscou. Leo Demidov est un brillant agent de la police secrète soviétique, promis à un grand avenir au sein du Parti. Lorsque le corps d’un enfant est retrouvé sur une voie ferrée, il est chargé de classer l’affaire. Il s’agit d’un accident, Staline ayant décrété que le crime ne pouvait exister dans le parfait Etat communiste. Mais peu à peu, le doute s’installe dans l’esprit de Léo et il découvre que d’autres enfants ont été victimes « d’accidents » similaires. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans la traque de ce tueur en série invisible, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

Enfant 44 est adapté d’un roman de Tom Rob Smith publié en 2008, explorant un aspect peu connu de l’URSS stalinienne. Le tabou entourant les tueurs en série et leurs crimes, qui seraient réservés à l’ouest capitaliste décadent. Et ne pourraient exister au « paradis » soviétique. Le scénario utilise comme fil rouge l’enquête menée par le personnage principal afin de retrouver un meurtrier d’enfants dont les exactions sont couvertes par les autorités. Un fou méticuleux repérant ses proies près des lignes de chemin de fer, répétant systématiquement un mode opératoire obsessionnel. La traque de ce serial-killer glaçant fascine car elle s’inscrit dans l’ambiance paranoïaque de la fin de règne de Saline. Marquée par la suspicion généralisée, où chacun risque en permanence l’emprisonnement, la déportation, voire l’exécution. Une thématique dont le cinéma allemand contemporain s’est emparé plusieurs fois en s’intéressant à l’ex RDA et au contrôle de la société opéré par la Stasi.

Jouant en permanence sur les deux tableaux, entre Zodiac et La vie des autresEnfant 44 séduit par la richesse de son scénario, qui justifie la longueur du film. On reste sceptique face au choix de faire jouer des acteurs en anglais avec un accent russe mais le charisme de Tom Hardy fait passer la pilule. Le couple qu’il forme avec Noomi Rapace prend de l’ampleur au fur et à mesure de l’intrigue et l’intensité des deux acteurs permet de faire oublier certaines faiblesses de la réalisation. Daniel Espinosa ne cherche pas à faire beaucoup de cinéma mais la multiplicité des thèmes abordés suffit à notre plaisir. Il est question du traumatisme de la famine ukrainienne, des fantômes de la seconde guerre mondiale, de la manipulation des sentiments au sein d’un couple, des luttes de pouvoir au sein du parti communiste russe. Peut être trop de sujets pour un seul film, clairement trop de personnages (Vincent Cassel, sacrifié), mais une densité inhabituelle qui fait de ce thriller fleuve de 2H17, un « petit » film assez passionnant.

Gilles Hérail

Enfant 44, un film américain de Daniel Espinosa avec Tom Hardy, Noomi Rapace et Gary Oldman, durée 2h17, sortie le 15 avril 2015 

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