A l'affiche
[Critique] du film « Maman a tort » Les compromissions des adultes vues par une ado

[Critique] du film « Maman a tort » Les compromissions des adultes vues par une ado

12 novembre 2016 | PAR Gilles Herail

Marc Fitoussi signe une nouvelle comédie dramatique pleine de finesse et d’intelligence. Le réalisateur de Copacabana et de La Ritournelle explore le monde de l’entreprise à travers les yeux d’une pré-ado (la révélation Jeanne Jestin) confrontée aux compromissions du monde des adultes. Maman a tort séduit par sa tonalité, mi rieuse mi désabusée, et la justesse de ses portraits (Emilie Dequenne, toute en nuances). Notre critique.

[rating=3]

Extrait du synopsis officiel : Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, à la faveur de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille.

Marc Fitoussi nous avait déjà enthousiasmé avec Copacabana et La Ritournelle, offrant deux magnifiques rôles à Isabelle Huppert et trouvant le juste équilibre entre légèreté et profondeur. Le cinéaste continue de nous surprendre avec son nouveau film qui utilise astucieusement comme point de départ l’expérience du stage de troisième. Pour mieux nous parler de la découverte de l’univers professionnel, ses codes  et surtout ses reniements. La jeune héroïne (étonnante Jeanne Jestin) va se servir de sa semaine d’observation pour découvrir un monde dont elle ne comprend pas le fonctionnement. Profitant de son statut pour regarder, questionner, investiguer et analyser un monde adulte aux règles obscures, et fonctionnant parfois en dépit du bon sens.

Maman a tort n’est jamais donneur de leçons, cherchant toujours à comprendre ses personnages, à les complexifier et les humaniser, sans manichéisme. Mais la chronique est souvent acide, dressant en toile de fond un portrait grisâtre et désabusé du monde de l’entreprise et plus généralement de l’âge adulte. Les thèmes abordés sont lourds, même si la tonalité est légère : le harcèlement au travail, le management par la peur, l’hypocrisie des relations, la superficialité des conversations, le mépris de classe et de statut, les pratiques frauduleuses pour maximiser les profits. Le regard sur ces problématiques parait naïf car Maman à tort fait le choix de toujours conserver le point de vue de sa jeune héroïne. Parfois maladroite, pas toujours diplomate, mais qui ne manque ni de débrouillardise ni de lucidité.

La belle idée de Marc Fitoussi est d’offrir un miroir inattendu sur nos propres compromissions,  qui questionne les arguments d’autorité de type « tu comprendras quand tu seras grande ». Car le  sentiment d’indignation de l’ado, qui s’étonne et se révolte, à tort ou à raison, force chaque personnage à ré-ouvrir les yeux sur sa situation. A reprendre conscience des reniements et des contournements qui deviennent habituels, par fatigue, par paresse, ou par indifférence. Maman a tort hésite parfois trop entre la comédie initiatique légère (certains seconds rôles sont caricaturaux) et le drame social mais finit toujours retomber sur ses pieds. Dégageant également une confiance salutaire dans une jeunesse beaucoup moins superficielle qu’on ne le pense trop souvent.

Gilles Hérail

Maman a tort, une comédie française de Marc Fitoussi avec Jeanne Jestin, Emilie Dequenne, durée 1h50, sortie le 09/11/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

Box-office France semaine : 550000 entrées pour la folle histoire de Max et Léon du Palmashow
[Critique] du film « Tu ne tueras point » Mel Gibson sanctifie l’objection de conscience
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *