A l'affiche

[Critique] du film documentaire « Fuocoammare » Un angle discutable pour traiter Lampedusa

[Critique] du film documentaire « Fuocoammare » Un angle discutable pour traiter Lampedusa

02 octobre 2016 | PAR Gilles Herail

Fuocoammare par delà Lampedusa a fait de vrais choix de mise-en-scène et de montage pour partager sa vision du drame qui se joue chaque jour à Lampedusa. Gianfranco Rosi rate pourtant sa cible, en faisant co-exister deux récits sans jamais les réunir, en opposant de manière manichéenne l’horreur des traversées à l’indifférence de la population, et en ne donnant jamais la parole ni aux réfugiés, ni aux acteurs locaux de la solidarité.  (Voir également notre critique cannoise un peu plus enthousiaste)

[rating=2]

Synopsis officiel: Samuele a 12 ans et vit sur une île au milieu de la mer. Il va à l’école, adore tirer et chasser avec sa fronde. Il aime les jeux terrestres, même si tout autour de lui parle de la mer et des hommes, des femmes, des enfants qui tentent de la traverser pour rejoindre son île. Car il n’est pas sur une île comme les autres. Cette île s’appelle Lampedusa et c’est une frontière hautement symbolique de l’Europe, traversée ces 20 dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté.

Lampedusa symbolise chaque jour l’échec des politiques migratoires européennes et l’absence de solidarité entre les états membres. Un tout petit bout de rocher de quelques kilomètres carrés, devenu l’une des principales portes d’entrées de l’Europe forteresse. Et qui accueille chaque jour des dizaines/centaines de migrants qui ont tenté la traversée, dans des conditions inhumaines. Des vivants mais aussi beaucoup de morts, qui s’entassent dans les cales de bateaux où les moins riches n’ont pu négocier un accès à l’air libre. Fuocoammare, par delà Lampedusa récompensé par l’Ours d’or à Berlin, a voulu aborder ce drame quotidien, dans toute sa violence et toute son horreur. Gianfranco Rosi témoigne, sans voyeurisme, du calvaire des naufragés, des morts qui s’accumulent, du traumatisme des survivants. En prenant le point de vue des équipes de secouristes qui évacuent les cadavres et tentent de soigner des corps très affaiblis. Et en donnant la parole à un médecin qui partage l’impossibilité de s’habituer à cette détresse et ces images choquantes qu’il doit gérer au quotidien.

Le documentaire adopte malheureusement un angle discutable pour montrer en parallèle le quotidien d’un enfant italien et de ses proches. Avec un montage qui alterne systématiquement les séquences de sauvetage et la chronique initiative de ce jeune garçon, fils de pêcheur, qui fait les 400 coups et joue à la guerre avec son ami. Le choix n’est pas anodin et pose plus de questions qu’il n’y répond. S’agit-il d’opposer l’indifférence des habitants au drame qui se joue devant eux ? Fallait-il insister aussi lourdement sur la métaphore de « l’œil paresseux » du jeune héros qui doit porter des lunettes spéciales pour faire travailler ses deux yeux en même temps? Quel intérêt à ne jamais montrer d’interactions entre la population locale et les migrants ? Tout occupé à faire du symbole, le film ne donne quasiment jamais la parole aux réfugiés (en dehors d’une séquence très forte où un rescapé raconte son parcours). Et occulte la solidarité d’une partie de la population de Lampedusa et l’engagement de sa maire Giusi Nicolini (qui a reçu le prix Simone de Beauvoir) pour un accueil plus humain et une prise de responsabilité de l’Europe.

Gilles Hérail

Fuocoammare, par delà Lampedusa, un documentaire italien de Gianfranco Rosi, durée 1h49,  sortie le 28/09/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

 

[Dinard 2016, Critique] « Sing Street » de John Carney, HItchcock d’or 2016
Nuit Blanche 2016, La joie venait toujours après la peine
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *