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[Critique] « Dors mon lapin », Mocky et l’art de l’underground

[Critique] « Dors mon lapin », Mocky et l’art de l’underground

18 mars 2014 | PAR Olivia Leboyer

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Après l’excellent Le Renard Jaune l’année dernière, Jean-Pierre Mocky (voir notre interview) nous offre un autre animal bizarre : le lapin du titre n’est autre qu’un petit bébé, enlevé par un jeune homme menacé d’expulsion ! Un film attachant et ludique, au Desperado (23 rue des Ecoles, Paris Ve) dès le 19 mars.

[rating=3]

Lionel (Frédéric Diefenthal) et sa femme (la jolie Sarah Biasini) attendent un enfant. Mais le jeune homme, employé très précaire, ne peut plus payer le loyer de leur petit rez-de-chaussée de fortune. Une idée lui vient : kidnapper le bébé d’un couple de milliardaires. La chose semble facile, puisque la nurse achète chaque matin ses magazines au kiosque devant leur fenêtre… Allègrement, Lionel remplace le bébé par un baigneur en plastique qui couine d’une façon équivalente. A présent, pour ce kidnappeur amateur, il s’agit de toucher la rançon.

Entre un sympathique voisin (Idriss) qui entre chez lui à tout bout de champ, un père légèrement égrillard qui lui prête une cabane de pêcheur, une mystérieuse femme qui rôde avec un panier de fougères, et sa femme qui ne se doute de rien, Lionel entame une curieuse cavale. Il est suivi par une toute petite bande de flics branquignoles. Dans Le Renard Jaune, Jean-François Stévenin portait un maillot jaune de cycliste : ici, le commissaire Boizier (Richard Bohringer, excellent) ne quitte pas ses baskets blanches (« pour montrer que le commissaire est aussi blanc que ses pompes »). Décontracté, avec son grand chapeau et ses immenses jumelles, le commissaire traque mollement Lionel, d’un supermarché aux rives du fleuve, en passant par une décharge de voitures.

Jean-Pierre Mocky livre bataille au système, au conformisme, à la société de l’argent et de l’égoïsme, avec une belle énergie. Cocasses, inadaptés, ses héros tentent malgré tout de s’en sortir, « comme au cinéma ». Irrésistible, tout en gentillesse et bonne volonté, Frédéric Diefenthal est une sorte de Robin des Bois moderne, croisé avec un Pied Nickelé. Quant à Richard Bohringer, ses ricanements et ses répliques truculentes sont un bonheur. Avec bienveillance, Mocky s’attache à cette micro-société de la débrouille et des arnaques, petites et grandes, en marge d’une société indifférente à ses marges.

Un très joli film, au dénouement inattendu…

Dors mon lapin, de Jean-Pierre Mocky, France, 87 minutes, avec Frédéric Diefenthal, Richard Bohringer, Idriss, Sarah Biasini, Philippe Phaeton de Lasserre, musique Vladimir Cosma. Sortie le 19 mars 2014.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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