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[Critique] « C’est eux les chiens… », un road trip marocain chargé d’émotion

[Critique] « C’est eux les chiens… », un road trip marocain chargé d’émotion

04 février 2014 | PAR Hugo Saadi

Pour C’est eux les chiens, son second long métrage, Hicham Lasri s’est plongé dans son histoire, celle de son pays, le Maroc, mais surtout celle de sa ville natale, Casablanca. Il revient sur un épisode méconnu et surtout oublié des marocains : les révoltes du pain de 1981 qui aboutissent à des rafles massives où des hommes disparaissent à jamais. Un témoignage historique original, intéressant et touchant.

[rating=3]

Entre le documentaire et la fiction, C’est eux les chiens nous plonge dès les premières minutes en plein cœur des révoltes arabes de 2011. Celles-ci vont rester en bruit de fond puisque le réalisateur marocain choisit de centrer le sujet de son film sur un homme, Mahjhoul 404, tout juste libéré de prison, 30 ans après son emprisonnement surprise. Une équipe de télévision publique partie pour réaliser un reportage sur les mouvements sociaux change sa caméra d’épaule quand le jeune présentateur croit reconnaître un martyr de la période de révolte des années 1980. L’équipe part dans un premier temps à la rencontre de cet homme, complètement perdu et hors de son temps. C’est donc le début d’un long road trip parsemé d’embûches où les journalistes vont tenter de découvrir l’origine de ce mystérieux matricule 404. Quant à Mahjoul, il part à la recherche de son passé, de sa famille avec les quelques souvenirs qu’il lui reste.

L’originalité du film tient bien évidemment en sa capacité à se démarquer et à appuyer sur l’histoire oubliée. On est embarqué caméra au poing dans cette aventure rocambolesque qui arrive à nous surprendre de temps à autre. Un film qui se veut simple et ne cherche pas à faire dans le compliqué avec un sous texte politique trop lourd et où Hicham Lasri réussit à confronter ces deux périodes historiques pour montrer que finalement rien n’a changé. L’utilisation de la caméra unique, celle de la télévision renforce le côté faux documentaire et permet de rythmer correctement le film. Toutes les images du film passent à travers l’œil de la caméra de télévision, les séquences floues, les problèmes de son ou encore les coupes brutales sont également au programme ce qui offre un bon rendu sur l’utilisation du found footage. La caméra et par la même occasion, le spectateur est au cœur de l’action, de la quête d’identité du personnage ce qui amène par moments à des scènes très chahutées ou illisibles, mais au final sur l’heure et demie on ne s’ennuie pas et on se laisse bercer par les intervenants. Le casting d’amateur est surprenant, avec une mention spéciale pour Hassan Badida (Majhoul 404) qui est brillant. Il a d’ailleurs reçu le prix de la meilleure interprétation masculine au dernier festival de Rabat, mérité. C’est eux les chiens est aussi une traversée de Casablanca loin des clichés touristiques, une plongée intime dans la population marocaine et en somme un témoignage historique que l’on aurait certainement voulu plus dense.

C’est eux les chiens, un film de Hicham Lasri, avec Hassan Badida, Yahya El Fouandi, Imad Fijjaj, comédie dramatique marocaine, 1h25. Sortie le 5 février 2014.

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