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[Critique] Avec « Réalité », Quentin Dupieux réalise un tour de magie qui travaille longtemps l’esprit

[Critique] Avec « Réalité », Quentin Dupieux réalise un tour de magie qui travaille longtemps l’esprit

17 février 2015 | PAR Hugo Saadi

*Quentin Dupieux s’envoie toujours autant en l’air cinématographiquement parlant en se faisant plaisir sur des intrigues alambiquées et trouve avec Réalité son sujet le plus abouti et le plus abordable pour un public novice ou pas.

[rating=4]

Aller voir un film de Quentin Dupieux c’est toujours s’attendre à être bousculé, tiraillé entre aimer ou détester, mais c’est quelque chose qui ne s’oublie pas. Il est l’un des rares frenchies à nous proposer un cinéma qui sort de l’ordinaire (Gaspard Noé saute également aux yeux) et qui dérange. Il n’est donc pas surprenant de voir ses films catalogués et à destination d’un public bien averti. On pourrait dire qu’il ne déroge pas à sa règle avec sa cinquième réalisation bien qu’elle soit largement abordable. Proposant des films dans le film dans le film, il nous « inceptionnise » en mêlant sur un seul plan : rêves, réalité et cauchemars.

« Le cinéma ça lave le cerveau »

Retour au titre – mot unique pour le réalisateur de 41 ans avec Réalité. Réalité, c’est aussi le prénom d’une jeune fille qui, après une partie de chasse avec son père, découvre une mystérieuse cassette dans les entrailles d’un sanglier. Point de départ d’une cascade de faits divers plus ou moins inexpliqués qui viennent s’entrechoquer et finissent par former un énorme gruyère. Car oui des trous dans le film il y en a et Dupieux s’amuse à nous y glisser pour malmener notre conception de la réalité. Partant d’un pitch simple : Jason Tantra (Alain Chabat, magistral), un caméraman sur une chaîne de télévision culinaire souhaitant réaliser son premier film d’horreur part à la rencontre d’un ami de longue date, Bob Marshal (Jonathan Lambert, alternant le sérieux glaçant et les excès de colère) riche producteur, Dupieux livre un tour de magie complexe où l’on ne devine pas les ‘trucs’ à la première vision. De la petite Réalité au présentateur d’une émission en passant par le directeur d’une école se baladant en jeep habillé en femme, les récits et personnages sont tous interconnectés et s’emboitent comme des poupées russes.

« Kubrick mes couilles »

 Si les influences des David Cronenberg (Vidéodrome) ou Lynch (Mulholland Drive) sont marquées, le français reste fidèle à son cinéma et à ses acteurs. Avec des clins d’œil parsemés ici ou là et des personnages complètement barrés (on retrouve les flics délurés de Wrongs Cops ou Lambert ancien chivers de Steak), Dupieux n’abandonne pas son « no reason » qui le caractérise si bien (ou mal). Dans Réalité on ne manquera pas de le retrouver notamment lors d’une discussion surréaliste entre Chabat et Lambert ne tenant pas en place allant jusqu’au point de sortir un sniper pour fusiller quelques surfers … Quant à la réalisation, celle- ci est assez découpée mais toujours bien soignée, il multiplie les plans et fait un réel travail sur le son. Il en profite également pour insérer des éléments autobiographiques en la personne du réalisateur joué par Chabat, trouvant difficilement des moyens pour réaliser ses films aux scénarios loufoques (rappelant sa propre histoire sur le pneu tueur de son film Rubber, avec dans le cas présent une télévision tueuse). Une certaine critique du petit monde du cinéma made in LA est également présente comme l’indique cette requête du producteur : trouver le gémissement qui vaudrait  l’Oscar du meilleur gémissement de l’histoire du cinéma …

Enfin, loin de ses compositions psychédéliques qu’il avait pu créer lors de ses précédents métrages tel que Wrong Cops, Mr Oizo aka Dupieux installe sa tension en parsemant ses synthés à répétition dans le film. Au sortir de la projection, on n’est jamais certain d’avoir compris ce que l’on vient de voir (Dupieux style), à se demander presque si la réalité n’a pas dépassé la fiction. Un ovni comme on les aime.

Réalité, un film de Quentin Dupieux, avec Alain Chabat, Jonathan Lambert, Élodie Bouchez, comédie dramatique française, 1h27. Sortie le 18 février 1015.

Visuels © Diaphana Production

https://www.youtube.com/watch?v=2N61Ks10A1M

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