A l'affiche
[Critique] « Abus de faiblesse », Isabelle Huppert incarne Catherine Breillat

[Critique] « Abus de faiblesse », Isabelle Huppert incarne Catherine Breillat

19 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

Après une longue absence du grand écran, la réalisatrice de Romance, Anatomie de l’enfer et Une vieille maîtresse est de retour avec un film d’inspiration autobiographique où Isabelle Huppert est son double face à Kool Shen. Un film parfois suranné et languissant mais qui demeure très touchant. 

[rating=3]

Cinéaste de renom, Maud Schoenberg (Isabelle Huppert, formidable) voit sa vie basculer après un AVC. Dure et courageuse, elle fait sa rééducation, continue de vivre seule malgré l’hémiplégie et elle recommence à vouloir tourner. Un soir à la télé, elle tombe sur « son acteur », celui à qui elle veut donner le rôle de son prochain film. Il s’appelle Vilko Piran (Kool Shen, frais, mais qui n’imprime pas la pellicule avec le même charisme que son collègue Joeystarr) et est connu pour avoir volé des sommes d’argent considérables. Entre l’intellectuelle perverse et le malfrat de 20 ans son cadet, une amitié naît et ils ne se quittent plus. Et, petit à petit, Viko fait signer des chèques à son pygmalion, pour des sommes considérables. Comment comprendre qu’une  femme aussi intelligente se soit laissée aller à un abus de faiblesse?

Adaptant le livre dans lequel elle avait raconté son histoire; Catherine Breillat ne peut que toucher, d’autant plus qu’elle ne se laisse jamais aller à la facilité pour la mise en scène de son drame personnel. Les premières scènes de l’AVC sont d’une dureté éprouvante et intransigeante, et c’est seulement lors de la rencontre avec Kool Shen qu’Isabelle Huppet semble entrer dans un personnage qui veut reprendre le contrôle de sa vie. Cette scène où la cinéaste raconte son prochain film au malfrat est d’une grande beauté. Suit un long moment de pellicule plus inégal, notamment plombé par le côté suranné des plans, des vêtements, du bruit du portable qui vivre dans le lit. Moment plus languissant rédimé par la fin du film, où, en gros plan le personnage de Maud doit faire face à la réalité et à sa famille. Isabelle Huppert est merveilleuse et surprenante dans ce film où le jeu un peu artificiel de Kool Shen n’empêche pas de saisir toute l’ambiguïté du rapport entre le jeune homme clinquant et vivant et l’artiste plus âgée, diminuée, dont à la fois l’intellect et la maladie précipitent la mort.

Abus de faiblesse, de Catherine Breillat, avec Isabelle Huppert, Kool Shen, Laurence Ursino, Christophe Sermet, France/Belgique, 2013, 1h44. Sortie le 12 février 2014.

visuel : photo officielle du film

 

« Cowboy mouth » : Marie Barraud et Cali dans un rock halluciné à la Gaité Montparnasse
[Chronique] « Mi-ange mi-démon » de Temstet et Varela : de la variété sympathique
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture