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[Cannes, Quinzaine] « Refugiado », la violence conjugale vue à travers les yeux d’un jeune garçon : une belle leçon de vie.

[Cannes, Quinzaine] « Refugiado », la violence conjugale vue à travers les yeux d’un jeune garçon : une belle leçon de vie.

19 mai 2014 | PAR Hugo Saadi

Avec Refugiado, le réalisateur argentin Diego Lerman s’empare du sujet des violences conjugales et ne livre pas un énième film sociétal basé sur les rapports mari / femme, mais se pose à hauteur d’enfant. Il expose alors la problématique des dommages collatéraux qui découlent des violences et délivre un message universel touchant grâce à un jeune acteur au talent immense. Seul bémol, un manque de coup d’éclat dans le film qui l’empêche de passer à un cap encore supérieur.

[rating=4]

Refugiado s’ouvre sur le visage de Mati ou plutôt Supermatthias, une cape sur le dos, une grosse ceinture de super-héros et des lunettes ventouses qui occupent la majeure partie de son visage. Le regard perdu au loin, il se tient seul sur un toboggan d’une aire de jeu lors d’un après-midi d’anniversaire de l’un de ses camarades. Le dernier plan du film fera écho à celui-ci, de nouveau seul, dans un pneu abandonné sur le bord d’un rivage, il regarde toujours au loin. Mais entre temps il s’est passé des choses qui feront grandir Matthias plus vite que les autres garçons.

Diego Lerman décide de se focaliser sur le jeune garçon à la chevelure bouclée pour exposer les retombées que provoquent les violences conjugales. Et il ne perd pas de temps pour les montrer, dès les premières minutes du film Matthias en souffre, sa mère n’est pas venue le chercher à la fin de la fête d’anniversaire. Et pour cause, elle git sur le sol de sa cuisine des coupures au visage suite à une dispute avec son mari. S’ensuit alors une fuite et une partie de cache-cache pour éviter de se faire rattraper. Le postulat de départ est donc simple, mais le traitement de celui-ci est réussi. Vous l’aurez compris, l’intérêt premier de Refugiado c’est la place centrale occupée par le jeune garçon, qui se considère d’ailleurs plus comme un enfant malgré le fait qu’il fasse encore pipi au lit… Obligé de fuir, de quitter ses amis et son football, il troque les fêtes d’anniversaire et l’école contre des centres sociaux voire même une nuit dans un love hôtel. Malgré son calme de façade, c’est une véritable casserole en lui qui chauffe et qui ne sait pas sur quel pied danser quand il se retrouve au téléphone avec son père, puis face à sa mère marquée par les coups. On assistera donc à des crises de nerf qui seront toujours très émouvantes sans jamais tomber dans le pathos.

Alternant la caméra portée et les plans fixes, le réalisateur donne des airs de thriller à son drame social. A l’aide d’une musique composée essentiellement de notes de violon et de violoncelle, il démultiplie la tension déjà bien présente grâce à la réactivité de l’image de la caméra à l’épaule. Celle-ci est d’ailleurs toujours à hauteur d’enfant favorisant la contre-plongée quand il s’agit de la mère. De plus, le choix scénaristique de garder le père hors-champ à chaque fois, le résumant à une simple voix au bout du téléphone est osé et à saluer. Enfin, si le film est touchant c’est grâce à l’excellente performance du jeune comédien Sebastian Molinaro, plein de fougue et de tendresse et de l’actrice Julieta Diaz trouvant le juste milieux entre la mère protectrice et la femme dévastée.

Refugiado, un film de Diego Lerman avec Julieta Diaz, Marta Lubos, Silvia Bayle, argentin, 1h35.

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Hugo Saadi

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